Aux approches de minuit, — étant dans cet état d’esprit particulier aux marins qui ont conscience de l’heure dans le sommeil et qui sentent venir le moment où on les fera lever pour le quart, — il voyait cet enterrement encore. Et il se disait:

— Je rêve; heureusement ils vont me réveiller mieux et ça s’évanouira.

Mais quand une rude main fut posée sur lui, et qu’une voix se mit à dire: “Gaos! — allons debout, la relève!” il entendit sur sa poitrine un léger froissement de papier — petite musique sinistre affirmant la réalité de la mort. — Ah! Oui, la lettre!... c’était vrai, donc! — et déjà ce fut une impression plus poignante, plus cruelle, et, en se dressant vite, dans son réveil subit, il heurta contre les poutres son front large.

Puis il s’habilla et ouvrit l’écoutille pour aller là-haut prendre son poste de pêche...

Chapitre IX

Quand Yann fut monté, il regarda tout autour de lui, avec ses yeux qui venaient de dormir, le grand cercle familier de la mer.

Cette nuit-là, c’était l’immensité présentée sous ses aspects les plus étonnamment simples, en teintes neutres, donnant seulement des impressions de profondeur.

Cet horizon, qui n’indiquait aucune région précise de la terre, ni même aucun âge géologique, avait dû être tant de fois pareil depuis l’origine des siècles, qu’en regardant il semblait vraiment qu’on ne vit rien, — rien que l’éternité des choses qui sont et qui ne peuvent se dispenser d’être.

Il ne faisait même pas absolument nuit. C’était éclairé faiblement, par un reste de lumière, qui ne venait de nulle part. Cela bruissait comme par habitude, rendant une plainte sans but. C’était gris, d’un gris trouble qui fuyait sous le regard. — La mer pendant son repos mystérieux et son sommeil, se dissimulait sous les teintes discrètes qui n’ont pas de nom.

Il y avait en haut des nuées diffuses; elles avaient pris des formes quelconques, parce que les choses ne peuvent guère n’en pas avoir dans l’obscurité, elles se confondaient presque pour n’être qu’un grand voile.