— Aussi, pourquoi ne sonniez-vous pas de votre trompe, bande de sauvages? demandait Larvoër de la Reine-Berthe.
— Eh bien, et vous donc, bande de pirates et d’écumeurs, mauvais poison de la mer?...
— Oh! nous... c’est différent; ça nous est défendu de faire du bruit. (Il avait répondu cela avec un air de sous-entendre quelque mystère noir; avec un sourire drôle, qui, par la suite, revint souvent en tête à ceux de la Marie et leur donna à penser beaucoup.)
Et puis comme s’il en eût dit trop long, il finit par cette plaisanterie:
— Notre corne à nous, c’est celui-là, en soufflant dedans, qui nous l’à crevée.
Et il montrait un matelot à figure de triton, qui était tout en cou et tout en poitrine, trop large, bas sur jambes, avec je ne sais quoi de grotesque et de l’inquiétant dans sa puissance difforme.
Et pendant qu’on se regardait là, attendant que quelque brise ou quelque courant d’en dessous voulût bien emmener l’un plus vite que l’autre, séparer les navires, on engagea une causerie. Tous appuyés en bâbord, se tenant en respect au bout de leurs longs morceaux de bois, comme eussent fait des assiégés avec des piques, ils parlèrent des choses du pays, des dernières lettres reçues par les “chasseurs”, des vieux parents et des femmes.
— Moi, disait Kerjégou, la mienne me marque qu’elle vient d’avoir son petit que nous attendions; ça va nous en faire la douzaine tout à l’heure.
Un autre avait eu deux jumeaux, et un troisième annonçait le mariage de la belle Jeannie Caroff — une fille très connue des Islandais — avec certain vieux richard infirme, de la commune de Plourivo.
Ils se voyaient comme à travers des gazes blanches, et il semblait que cela changeât aussi le son des voix qui avait quelque chose d’étouffé et de lointain.