Il me paraît aussi que nos intérêts commerciaux et industriels n'ont qu'à perdre au passage de la domination turque à la domination balkanique.
Ces données ont été généralement omises dans presque tout ce qui s'est publié à l'occasion du conflit oriental.
Par contre, on a donné un large mais immérité regain aux légendes tendancieuses et spécialement à celles qui sont relatives aux massacres et pillages, mis indistinctement à la seule charge des Turcs, dans le but, semble-t-il, de les discréditer devant l'opinion publique ; or, il est avéré que le Turc, naturellement placide, ne se livre à des violences que provoqué par une rébellion : j'en ai été témoin moi-même en Crète, où les violences ont toujours eu le caractère de réciprocité entre chrétiens et musulmans.
De même en Macédoine, ce fut entre les alliés d'aujourd'hui, rivaux quand même, ennemis d'hier, et peut-être aussi de demain, entre Bulgares et Grecs, que se produisit un long échange d'actes de barbarie comme moyen d'éviction et d'intimidation au service de la propagande politique.
LUCIEN MAUROUARD.
IX
Lettre à moi adressée par deux Français hautement honorables, qui s'étaient fixés à Salonique et vont être obligés d'en partir.
Salonique, 19 janvier 1913.
Un calme relatif existe en ce moment, avec la Cour martiale et la censure préalable. Et combien encore de vilenies!
L'exode des familles musulmanes est presque général. Les Israélites à leur tour songent à partir. Quant à nous, Français, beaucoup des nôtres ont déjà perdu leur situation.