Il nous semble impossible que l'opinion ne s'agite pas et que l'initiative prise par l'Italie reste sans écho. C'est en vain que la Russie s'efforce de cacher les crimes de ses protégés bulgares et serbes. C'est en vain que la presse française persiste à se taire. C'est en vain que Sir Edw. Grey reste d'un flegme glacial et bouche ses oreilles pour ne pas entendre et ses yeux pour ne pas voir.
XVII
Traduction de la lettre adressée à Pierre Loti, en turc, par S. A. I. le prince Youssouf Izzeddine, héritier de Turquie.
Mon cher monsieur Pierre Loti,
L'humanité entière est témoin des drames sanglants qui se sont déroulés ces derniers temps dans cet Orient qui constitue le fond de vos œuvres et de vos poèmes inappréciables et immortels par leurs vues généreuses et leurs beautés naturelles. Des fumées, des brouillards de sang innocent répandu à flots et sauvagement, ont obscurci le ciel clair et limpide que vous admiriez dans le temps et des lamentations ont remplacé le gazouillement des oiseaux. Alors que des massacres et des horreurs se perpétuent en Roumélie, c'est-à-dire sur les confins de l'Europe ; alors que les oreilles se bouchent à ces calamités et à ces tempêtes vous seul, avec quelques amis de l'humanité et de la civilisation comme vous, avez élevé la voix en faveur du droit et de la vérité. Votre plume est devenue l'étendard du combat pour la justice. Vous avez déchiré les ténèbres, éclairé les hommes de conscience et de foi. Je suis sûr qu'un jour le monde civilisé tout entier se groupera sous les plis de votre drapeau du droit et de la vérité. Ni mon pays ni moi n'oublierons jamais vos nobles et généreux sentiments ainsi que vos luttes humanitaires. Nous vous vénérerons et glorifierons éternellement, homme juste et sage.
YOUSSOUF IZZEDDINE.
XVIII
Réponse de Pierre Loti au Prince héritier de Turquie.
Monseigneur,
Au delà de ce que les mots peuvent dire, je suis ému de la reconnaissance que me témoigne la Turquie, et dont je viens de trouver la haute et souveraine affirmation dans la lettre que Votre Altesse Impériale m'a fait l'honneur de m'écrire. Cette lettre, je la conserverai parmi ce que j'ai de plus précieux, et mes fils, à qui elle sera léguée, continueront après moi, je l'espère, mon attachement à ma seconde patrie orientale.