Voi che'ntendendo, il terzo ciel movete,
Udite il ragionar ch'è nel mio core, etc.Cette première canzone n'a que quatre strophes de treize vers. La deuxième, qui commence par ce vers:
Amor, che nella mente mi ragiona,
a cinq strophes de dix-huit vers. La troisième en a sept de vingt vers; elle commence par ceux-ci:
Le dolci rime d'amor, ch'i sotia
Cercar ne' miei pensieri.
[Note 744: ][ (retour) ] La première canzone a cinquante pages in 8°. de commentaires (éd. de Venise, 1741). La deuxième en a cinquante-huit, la troisième plus de cent.
Quand cet illustre exilé crut que l'empereur Henri VII pourrait le faire rentrer dans sa patrie, il employa, comme nous l'avons vu, toutes sortes de moyens pour soutenir les prétentions de ce prince et renforcer son parti en Italie. Un de ces moyens fut de composer en latin un traité qu'il intitula de Monarchiâ, de la Monarchie [745]. Dans cet ouvrage, divisé en trois livres, il examine: 1°. Si la monarchie (et par-là il entendait la monarchie universelle) est nécessaire au bonheur du monde; 2°. si le peuple romain avait eu le droit d'exercer cette monarchie; 3°. si l'autorité du monarque dépend de Dieu immédiatement, ou d'un autre ministre ou vicaire de Dieu. Il décide affirmativement la première question; il résout dans le même sens la seconde; mais c'est surtout pour la troisième qu'il s'est fait, parmi les papistes italiens, un grand nombre d'ennemis. Il y soutient la dépendance immédiate où le monarque est de Dieu, et borne par conséquent la puissance du pape à son autorité spirituelle. Il réfute l'un après l'autre tous les arguments tirés de l'ancien et du nouveau Testament, de la prétendue donation de Constantin et de celle de Charlemagne, dont s'étayaient les partisans de la souveraineté temporelle des papes. Il prouve ensuite que l'autorité ecclésiatique n'est pas la source de l'autorité impériale, puisque l'église n'existant pas, ou n'opérant point encore, l'empire avait eu toute sa force; et il le prouve par une argumentation réduite aux termes du calcul, ou, comme on dit communément, par A et par B [746].
[Note 745: ][ (retour) ] Ce traité, écrit en très-mauvais latin (c'était celui du temps), a été réimprimé plusieurs fois. Il ne se trouve point dans l'édition de Pasquali, citée ci-dessus; mais il est dans celle de Zatta, à la fin du dernier volume.
[Note 746: ][ (retour) ] Sit ecclesia a, imperium b, autoritas sive virtus imperii c. Si non existente a, c est in b, impossibile est a esse caussam ejus quod est c esse in b; cum impossibile sit effectum prœcedere caussam in esse. Adhuc, si nihil operante a, c est in b, necesse est a non esse caussam ejus quod est c esse in b, cum necesse sit ad productionem effectus prœoperari caussam, prœsertim efficientem, de qua intenditur.
Ce livre fit beaucoup de bruit, et il en fit long-temps: près de vingt ans après la mort du Dante, un légat du pape Jean XXII [747], voyant que l'antipape Pierre Corvara, établi par l'empereur Louis de Bavière, se servait de ce livre pour soutenir la validité de son élection, ne se contenta pas de le prohiber et de soumettre tous ceux qui le liraient aux censures de l'église, il voulut de plus que l'on exhumât les os de son auteur, qu'on les jetât au feu, et qu'on imprimât à sa mémoire une ignominie éternelle. Des gens sensés [748] s'opposèrent à cette violence; et c'est à ce fougueux légat, plus qu'à la mémoire du Dante, qu'il épargnèrent une ignominie.
[Note 747: ][ (retour) ] Le cardinal Bertrand du Pujet.
[Note 748: ][ (retour) ] On nomme un certain Pino della Tosa, et M. Ostagio da Polentano. Voyez la vie du Dante, par Boccace.
Un autre ouvrage du Dante, aussi écrit en latin, a donné lieu à des disputes d'une autre espèce; c'est celui qui a pour titre de Vulgari Eloquentiâ, de l'Éloquence vulgaire [749]. Il n'y avait guère plus d'un siècle que la langue italienne était née, et déjà elle comptait un nombre considérable d'écrivains et surtout de poëtes, qui lui avaient fait faire de grands progrès, et l'un d'eux, dans un ouvrage immortel, l'avait presque portée au terme où elle devait se fixer. C'était à lui, sans doute, qu'il appartenait de parler de cette langue, d'apprécier les hommes qui l'avaient rendue éloquente, et d'en présager les destinées. Son ouvrage devait avoir quatre livres; mais il n'eut pas le temps de l'achever, et les deux premiers livres seulement étaient faits lorsqu'il mourut. Dans le premier, après des considérations générales sur les langues, telles que l'état des connaissances de son siècle pouvait les lui permettre, il recherche quel est celui de tous les dialectes récemment nés dans toutes les parties de l'Italie, qui mérite par excellence d'être appelé la langue italienne ou vulgaire. Il rejette d'abord, même du concours, comme trop grossiers et tout-à-fait informes, ceux des Romains, des Milanais, des Bergamasques et plusieurs autres, à la base de l'Italie.
[Note 749: ][ (retour) ] Il fut imprimé pour la première fois à Paris, en 1577, sous ce titre: Dantis Aligerii præcellentiss. poëtæ de vulgari Eloquentiâ libri duo, nunc primum ad vetusti et unici scripti codicis exemplar editi; ex libris Corbinelli, etc. Il est inséré dans les deux éditions de Venise, déjà citées, avec la traduction italienne, dont il sera parlé plus bas.