A PARIS,
CHEZ L. G. MICHAUD, LIBRAIRE-EDITEUR,
PLACE DES VICTOIRES, N°. 3.
M. DCCC. XXIV.
NOTICE
SUR
LA VIE ET LES OUVRAGES
DE M. GINGUENÉ.
Pierre-Louis Ginguené, né à Rennes, le 25 avril 1748, fit avec distinction ses études au collège de cette ville: il y était condisciple de Parny, au moment où les jésuites en furent expulsés [1]. Mais c'était au sein de sa propre famille, peu riche et fort considérée, que Ginguené avait puisé le sentiment du véritable honneur et le goût des lettres.
[Note 1: ][ (retour) ] V. son Épître à Parny.
Ton amitié m'est chère......
De ce doux sentiment, le germe précieux
Dès long-temps dans nos cœurs naquit sous d'autres cieux.
Ton enfance enlevée à ton île africaine
Vint aborder gaîment la rive armoricaine:
Tu parus au lycée, où, docile écolier,
J'avais vu sans regret le bon Duchatelier
Aux enfans de Jésus enlever la férule.(Duchatelier avait été le premier principal du collège de Rennes après l'expulsion des jésuites.)
Il devait aux lumières et aux soins de son père ses progrès rapides et la bonne direction de ses études. Ses autres maîtres lui avaient appris les langues grecque et latine: il acquit de lui-même des connaissances plus étendues et plus profondes; la littérature latine lui devint familière; et entre les chefs-d'œuvre modernes, il étudia surtout ceux de l'Italie et de la France. Il lut aussi de très-bonne heure et dans leur langue les meilleurs livres anglais, et avant 1772, son instruction embrassait déjà presque tous les genres que l'on a coutume de comprendre sous les noms de belles-lettres, d'histoire et de philosophie. Quand les goûts littéraires sont à la fois si vifs et si heureusement dirigés, ils prennent bientôt les caractères de la science et du talent. Ginguené, dans sa jeunesse, et avant de sortir de Rennes, était un homme éclairé, un littérateur habile, un écrivain exercé: il était de plus un très-savant musicien; car il avait porté dans l'étude de cet art, qu'il a toujours chéri, l'exactitude sévère qu'il donnait à ses autres travaux. Il aimait mieux ignorer que savoir mal; il voulait jouir de ses connaissances et non pas s'en glorifier.