[Note 410: ][ (retour) ]

Cœlum nitescere, arbores frondescere,
Vites lœtificœ pampinis pubescere,
Rami baccarum ubertate incurvescere
, etc.

[Note 411: ][ (retour) ]

Hœc omnia vidi inflammari,
Priamo vi vitam evitari,
Jovis aram sanguine turpari
.

Fauchet fait remonter l'usage de la rime jusqu'à la langue thioise ou théotisque, qui est la source de la nôtre. Il rapporte [412] un long passage d'Ottfrid, moine de Wissembourg, écrivain du neuvième siècle, qui avait traduit en vers thiois les évangiles. Cet Ottfrid dit, dans le prologue latin de sa traduction, que la langue thioise affecte continuellement la figure omoioteleuton, c'est-à-dire, finissant de même; et que dans ces sortes de compositions les mots cherchent toujours une consonnance agréable. Plus loin, le même Fauchet dit [413] que la rime est peut-être une invention des peuples septentrionaux; que c'est depuis leur descente en Italie, pour détruire l'empire romain, que la rime a eu cours et a été reçue tant dans les hymnes de l'église, que dans les chansons et autres compositions amoureuses; et il attribue cette invention à ce que la quantité des syllabes étant alors ignorée, et la langue corrompue par la mauvaise prononciation de tant de barbares, la consonnance leur toucha plus les oreilles. Les Germains et les Francs écrivaient leurs guerres et leurs victoires en rhytmes ou rimes: Charlemagne ordonna d'en faire un recueil: Eginhart nous apprend qu'il se plaisait singulièrement à les entendre, et ce n'étaient pour la plupart que des vers thiois ou théotisques rimés. Enfin, quatre vers que Fauchet cite de la préface de cette traduction d'Ottfrid dont il a parlé, sont en langue thioise et rimés deux à deux [414].

[Note 412: ][ (retour) ] De la Langue et Poésie françaises, liv. I, c. 3.

[Note 413: ][ (retour) ] Ibid., c. 7.

[Note 414: ][ (retour) ] De la Langue et Poésie françaises. Cette traduction se trouve dans Thesaurus antiquitatum Teutonicarum, avec beaucoup d'autres poésies latines du neuvième siècle, toutes rimées. Voici les quatre vers cités par Fauchet:

Nu vuill ih scriban unser heil
Evangeliono deil,
So vuir nu hiar Bigunnun
In frankisga zungun;

c'est-à-dire, selon Fauchet:

Je veux maintenant écrire notre salut,
Qui consiste dans l'évangile;
Ce que nous avons commencé
En langage français.

Pasquier [415] cite cette même préface de la traduction thioise des évangiles, dans un passage de Beatus Rhenanus, savant du seizième siècle [416]. Ce passage en contient même un plus grand nombre de vers, tous rimés de deux en deux [417]. Pasquier en conclut aussi que la rime était dès lors connue en Germanie, d'où elle passa en France.

[Note 415: ][ (retour) ] Recherches de la France, liv. VII, c. 3.

[Note 416: ][ (retour) ] C'est un passage de son histoire de Germanie, Res. Germanicœ, imprimée en 1693.

[Note 417: ][ (retour) ] Pasquier les traduit tous mot à mot; selon lui, les quatre premiers sont littéralement ainsi:

Ores veux-je écrire notre salut.
De l'évangile partie,
Que nous ici commençons
En françoise langue.