[Note 421: ][ (retour) ] Giraut Riquier. Il était de Narbonne, et fut très-favorisé du roi de Castille Alphonse X; c'est à peu près tout ce qu'on sait de lui. Le passage cité est tiré d'une pièce très-curieuse adressée à ce roi, sous le titre de Supplication au roi de Castille, au nom des jongleurs. Voyez Millot, t. III, P. 356.

On s'était si fort habitué à voir les jongleurs faire des tours d'adresse ou de passe-passe, qu'un autre Troubadour du même siècle [422] donnant dans une de ses pièces des conseils à un jongleur, lui recommande de joindre ce talent à tous les autres. «Sache, lui dit-il, bien trouver, bien rimer, bien proposer un jeu parti. Sache jouer du tambour et des cimbales, et faire retentir la symphonie. Sache jeter et retenir de petites pommes avec des couteaux; imiter le chant des oiseaux; faire des tours avec des corbeilles; faire attaquer des châteaux, faire sauter [423] au travers de quatre cerceaux, jouer de la citole [424] et de la mandore, manier la manicarde [425] et la guitare, garnir la roue avec dix-sept cordes [426], jouer de la harpe, et bien accorder la gigue [427] pour égayer l'air du psaltérion. Jongleur, tu feras préparer neuf instruments de dix cordes. Si tu apprends à en bien jouer, ils fourniront à tous tes besoins. Fais aussi retentir les lyres et résonner les grelots [428]».

[Note 422: ][ (retour) ] Girant de Calanson; il était de Gascogne, et n'est connu lui-même que sous le titre de jongleur. Voy. Millot, t. II, p. 28.

[Note 423: ][ (retour) ] Sans doute des singes.

[Note 424: ][ (retour) ] Et non pas citales, comme on le lit dans Millot (Voyez le Glossaire de la Langue Romane, de M. Roquefort, au mot citole.)

[Note 425: ][ (retour) ] Lisez le manicorde ou manichordion: c'était une sorte d'épinette. (Voyez La Borde, Essai sur la Musique, t. I, p. 301.)

[Note 426: ][ (retour) ] Millot pense que c'était une espèce de vielle. Ce serait une horrible cacophonie, que dix-sept cordes de tons différents, touchées à la fois par des roues de vielles. L'un des dessins de la Danse aux aveugles, manuscrit du quinzième siècle, qui est à la bibliothèque impériale, représente une femme tournant de la main gauche une roue attachée par son centre à une colonne, et dont deux jantes paraissent porter des cordes tendues dans leur longueur; elle tient de la main droite une longue baguette appuyée sur son épaule, mais dont on peut croire qu'elle frappe de temps en temps les cordes tendues sur les deux jantes de la roue. La Borde, qui a fait graver très-imparfaitement ce dessin dans son Essai sur la Musique, t. I., p. 275, ne dit rien de cette roue, sinon que c'est un instrument circulaire qui lui est inconnu. Ce serait peut-être la roue à dix-sept cordes dont il est ici question. Si, ce qui est plus vraisemblable, la Roue, ou Rote, était en effet une vielle, il y a ici erreur de nombre. Le texte copié par Millot portait peut-être avec ses sept cordes, au lieu de avec dix-sept cordes; et l'on conviendra que ce serait encore beaucoup.

[Note 427: ][ (retour) ] Espèce de musette, selon quelques-uns, ou plutôt instrument à cordes qui s'accordait fort bien avec la harpe, comme on le voit par ces vers du Dante, cités par La Crusca, dans son Vocabulaire, au mot Giga:

E come giga ed arpa, in tempra tesa
Di molte corde, fan dolce tintinno
A tal da cui la nota non è intesa
.

Parad., c. 14.

[Note 428: ][ (retour) ] Millot, loc. cit.

Pierre Vidal, au contraire [429], dans la plus longue et la meilleure pièce qui nous reste de lui, donnant aussi des conseils à un jongleur, voudrait ramener l'art à sa dignité, et ne voit que la jonglerie qui puisse corriger les vices et la corruption du siècle. Il le dit très-positivement. Ces vices ont passé des rois et des comtes à leurs vassaux. «Le sens et le savoir ont disparu chez les uns comme chez les autres; et les chevaliers, autrefois loyaux et vaillants, sont devenus perfides et trompeurs. Je ne vois qu'un remède au désordre: c'est la jonglerie; cet état demande de la gaîté, de la franchise, de la douceur et la de prudence..... N'imitez point ces insipides jongleurs qui affadissent tout le monde par leurs chants amoureux et plaintifs.