[Note 653: ][ (retour) ] Non Tesin, Pô, Varo, Arno, Adige, e Tebro, etc. Son. 116.
«Plus j'approche du dernier jour [654], qui abrège la misère humaine, plus je vois le temps rapide et léger dans sa course, et s'évanouir l'espérance trompeuse que je fondais sur lui. Je dis à mes pensées: Nous n'irons pas désormais long-temps parlant d'amour; cet incommode et pesant fardeau terrestre se dissout comme la neige nouvelle, et bientôt nous serons en paix, parce qu'avec lui tomberont ces espérances qui m'ont fait rêver si long-temps, et les ris et les pleurs, et la crainte et la colère. Nous verrons alors clairement comme souvent on s'avance dans la vie au milieu de choses incertaines, et combien on pousse de vains soupirs.»
[Note 654: ][ (retour) ] Quanto più m'avvicino al giorno estremo, etc. Son. 25.
Souvent aussi (et c'est là même en général un des attraits les plus puissants des poésies de Pétrarque) il porte ses tendres rêveries au milieu des bois, des champs, sur les montagnes, parmi les plus doux ou les plus imposants objets de la nature. Avant de parler de sa tristesse, il s'entoure des lieux qui l'entretiennent, mais qui l'adoucissent; et quand il se peint mélancolique et solitaire, il répand sur sa mélancolie le charme de sa solitude. C'est ce que l'on sent beaucoup mieux que je ne puis le dire dans un grand nombre de ses sonnets; on le sent surtout dans celui qui commence par ces mots Solo e pensoso [655], peut-être, selon moi, le plus beau, le plus touchant de tous les siens, et où il a porté au plus haut point d'intimité l'alliance de ces deux grandes sources d'intérêt, la solitude champêtre et la mélancolie. J'ai tâche de le traduire en vers, et même ce qui est, comme on sait, le comble de la difficulté dans notre langue, de rendre un sonnet par un sonnet. Il y a peut-être beaucoup d'imprudence à hasarder de si faibles essais, et pour faire l'imprudence toute entière, j'engagerai encore ici à relire dans l'original le sonnet de Pétrarque. Peut-être au reste quand on s'en sera rafraîchi la mémoire, appréciant mieux les difficultés de l'entreprise, en aura-t-on pour le mien plus d'indulgence.
[Note 655: ][ (retour) ] Son. 28.
Je vais seul et pensif, des champs les plus déserts,
A pas tardifs et lents, mesurant l'étendue,
Prêt à fuir, sur le sable aussitôt qu'à ma vue
De vestiges humains quelques traits sont offerts.
Je n'ai que cet abri pour y cacher mes fers,
Pour brûler d'une flamme aux mortels inconnue;
On lit trop dans mes yeux, de tristesse couverts,
Quelle est en moi l'ardeur de ce feu qui me tue.
Ainsi, tandis que l'onde et les sombres forêts,
Et la plaine, et les monts, savent quelle est ma peine,
Je dérobe ma vie aux regards indiscrets;
Mais je ne puis trouver de route si lointaine
Où l'amour, qui de moi ne s'éloigne jamais,
Ne fasse ouïr sa voix et n'entende la mienne.
On pourrait suivre, le recueil ou le Canzoniere de Pétrarque à la main, les bons et les mauvais succès qu'il éprouvait auprès de Laure. On y verrait que quelquefois il affectait de l'éviter, qu'alors elle faisait vers lui quelques pas et lui accordait un regard plus doux [656]; que quand il avait passé quelques jours sans la voir et sans la chercher dans le monde, il en était mieux accueilli [657], qu'alors il épiait l'occasion de lui parler de son amour; mais qu'elle recommençait à le fuir [658]: qu'il s'armait quelquefois de courage pour obtenir qu'elle voulût l'entendre; mais que la violence de son amour enchaînait sa langue, et ne lui laissait pour interprêtes que ses yeux [659]; que cette agitation continuelle ayant altéré sa santé, et lui ayant donné une pâleur extraordinaire, Laure le voit dans cet état, en est touchée, et lui dit, en passant, quelques paroles consolantes [660]; que même une fois elle lui donne des espérances d'une telle nature que, les voyant détruites, il se plaint de ce qu'un orage a ravagé les fruits qu'il comptait cueillir [661], et de ce qu'un mur s'est élevé entre sa main et les épis; qu'enfin rebuté de tant de peines et de si peu de progrès, il appelle la raison et la religion à son secours; qu'il espère guérir, mais qu'il se retrouve ensuite plus malade [662]. On y verrait encore qu'un jour qu'il s'était montré plus froid et plus réservé avec Laure, elle lui dit d'un ton de reproche: Vous avez bientôt été las de m'aimer! (en effet il n'y avait encore que dix ans) et qu'il lui répond d'un ton assez piqué, pour faire voir qu'il avait eu réellement le dessein de se dégager [663]; que bientôt il reprend ses chaînes, et promet de ne les rompre désormais que lorsqu'il sera glacé par le froid de l'âge [664]; qu'au moment où il se croit libre, il regrette ses fers [665]; qu'à l'instant où il les a repris il regrette sa liberté [666].
[Note 656: ][ (retour) ] Io temo sì de' begli occhi l'assalto, etc. Son. 31.
[Note 657: ][ (retour) ] Io sentia dentr' al cor già venir meno, etc. Son. 39.
[Note 658: ][ (retour) ] Se mai foco per foco non si spense, etc. Son. 40.