[Note 803: ][(retour) ]

Ti faccio voto non prestar mai fede

A chi indulgenze per denar concede. (St. 45.)

Berthe, reprend Folengo, faisait ces prières pleines d'hérésies, parce qu'elle était née en Allemagne, et qu'en ce temps-là la théologie était devenue romaine et flamande[804]. Je crois qu'à la fin elle se trouvera en Turquie, puisqu'elle vit à la musulmane[805]. Dieu ne voulut point prendre garde à ces erreurs d'une femme allemande, et permit que la nacelle arrivât avec elle au rivage. Berthe en sortit à demi-morte, chemina par les montagnes et les vallées, passa de Lombardie en Toscane, et s'arrêta enfin près du Sutri, dans une espèce de caverne. Elle y arrive accablée de douleurs, de lassitude et de faim; un pauvre berger qu'elle y trouve partage avec elle sa nourriture grossière. C'est là que peu de temps après elle met au monde Roland. L'accouchement fut horriblement long et douloureux. Il était juste, selon le poëte, que dans la naissance d'un tel enfant tout fût extraordinaire[806]. Il n'épargne, pour la célébrer, ni les exclamations, ni les prodiges, ni les apostrophes aux futurs ennemis du héros, qui doivent déjà trembler. Chacun a voulu expliquer pourquoi l'on avait donné à l'enfant ce nom célèbre d'Orlando; lui, il prétend que ce fut parce qu'une troupe de loups, sortis de la forêt, courait autour de la caverne en hurlant, Urlando[807].

[Note 804: ][(retour) ] C'est-à-dire moitié l'une et moitié l'autre.

[Note 805: ][(retour) ]

Ma dubito ch' al fin nella Turchia

Si troverà, vivendo alla moresca. (St. 46.)

[Note 806: ][(retour) ] Cap. VII, st. 7.

[Note 807: ][(retour) ] St. 10.

Le bon berger continue de prodiguer les soins les plus attentifs à la mère et à l'enfant. Le petit Roland grandit; il devient le plus déterminé polisson de son âge; il fait à coups de poing, de pierres ou de bâton, l'apprentissage de la gloire. Les scènes grotesques que fournissent ses querelles avec les enfants du lieu, son effronterie courageuse à mendier pour nourrir sa mère, et à prendre de force ce qu'on lui refuse, les réprimandes naïves de Berthe quand elle le voit revenir meurtri de coups, mais triomphant; les réponses du petit héros qui ne veut surtout pas souffrir et ne souffrira jamais qu'on l'appelle, comme ils le font tous, fils de.... et qui ne le pardonnerait pas même à son père; tous ces petits détails, mêlés de burlesque, de naïf, et quelquefois même d'héroïque, remplissent ce chapitre, qui est le septième, le seul où soit réellement traité le sujet annoncé par le titre, et dans lequel l'auteur se montre peut-être plus que dans tous les autres véritablement poëte.

La dernière querelle que se fait Roland est avec un gros moine ou prieur gourmand, ou plutôt goinfre et ivrogne, à qui il avait dérobé un énorme esturgeon, que le prieur venait d'acheter au marché[808]. On les mène devant le gouverneur. Celui-ci, avant de juger la cause, commence par faire au moine un sermon sur sa gourmandise et sur les vices de ses semblables; le prieur, dans sa réponse, veut faire le savant, et parle dans ce latin macaronique où excellait l'auteur[809]. C'est une scène digne de Rabelais ou de Molière. Le gouverneur, pour se moquer du moine, le renvoie, en lui donnant quatre questions à résoudre, et le menace, s'il n'y répond pas, de lui ôter son bénéfice[810]. Le gros prieur est bien embarrassé. Il se retire dans sa bibliothèque, qui était telle que ni Cosme, ni le Florentin Laurent de Médicis n'en firent jamais de pareille[811]. C'était-là que l'esprit divin gardait tous ses livres de théologie. A droite et à gauche sont des vins, des liqueurs, des pâtés, des jambons, des salami de toute espèce. Il va se jeter à genoux devant un autel secret au fond de son oratoire; un Bacchus gras et vermeil en était le saint principal; et il n'avait point sur cet autel d'autre objet de piété, d'autre crucifix, pour y faire ses dévotions[812]. Le cuisinier vient demander à monseigneur s'il veut souper[813]. Il voit son trouble; il lui présente un verre de bon vin, que le prieur avale après avoir fait sa prière à Bacchus. Il s'assied, et conte à son cuisinier Marcolfe ce qui cause son embarras. Marcolfe trouve les questions faciles, et se charge d'y répondre pour lui. Il ressemblait si parfaitement à son maître, qu'aux habits près, on les aurait pris l'un pour l'autre. Il prend un habit du prieur, se rend au palais, et donne la solution des quatre questions proposées. Le sujet de la dernière était de savoir ce que le gouverneur avait dans la pensée. Vous y avez, dit Marcolfe, la persuasion que je suis le prieur, et je ne suis que son cuisinier. Le gouverneur, d'abord confus, finit par donner pour sentence que désormais Marcolfe aurait le prieuré et que le prieur fera la cuisine[814].

[Note 808: ][(retour) ] Cap. VIII, st. 13.

[Note 809: ][(retour) ] St. 33 et suiv.