[Note 88: ][(retour) ] 1554.

[Note 89: ][(retour) ] Février 1556.

Le duc d'Urbin[90] ne l'y laissa pas long-temps. Dès que ce généreux protecteur des lettres sut que le Tasse était si près de lui et dans un état si peu digne de ses talents et de sa renommée, il l'invita avec beaucoup d'empressement à venir s'établir à Pesaro, lui offrant une habitation charmante[91], où il serait libre de se livrer à ses travaux poétiques. Le Tasse ne refusa point des offres si avantageuses. Dans cette paisible retraite, où il recevait chaque jour de nouveaux témoignages de l'intérêt et de la libéralité du duc, il commença enfin à respirer après de si longues épreuves, et c'est là qu'il mit la dernière main à son Amadis[92]. Ce poëme était attendu de toute l'Europe littéraire; et il espérait en retirer quelque fruit. Ayant obtenu quelques avances du duc d'Urbin, du cardinal de Tournon, avec qui il s'était lié d'amitié en France, et de quelques autres amis, il se rendit à Venise, où comblé de marques d'estime par les principaux citoyens, admis dans l'académie vénitienne qui s'était alors formée pour l'avancement des lettres, et aidé des soins et des conseils de plusieurs savants qui la composaient, il donna en 1560 une belle édition de son Amadis, et une seconde de ses poésies considérablement augmentée.

[Note 90: ][(retour) ] Guidobaldo II de la Rovère.

[Note 91: ][(retour) ] Il Barchetto, maison de délices bâtie par le duc son père.

[Note 92: ][(retour) ] 1557.

Le duc d'Urbin était alors en faveur auprès du roi d'Espagne, Philippe II, et son capitaine général en Italie: il espéra pouvoir obtenir par son crédit la restitution des biens du Tasse, dans le royaume de Naples, ou du moins ce qui devait revenir à ses enfants de la succession de leur mère. Le duc employa pour cette affaire les amis puissants qu'il avait à la cour de Madrid. Pour seconder ces bonnes dispositions, le Tasse envoya en Espagne et fit présenter à Philippe un magnifique exemplaire de son poëme qui lui était dédié; mais après une longue attente il fut obligé de renoncer à toute espérance: il ne reçut pas même de réponse à l'hommage qu'il avait offert, et au présent qu'il avait fait.

C'est dans ces circonstances qu'il apprit que son fils Torquato, qu'il avait toujours eu avec lui à Urbin, à Pesaro et à Venise, et qu'il avait depuis peu envoyé à Padoue pour y étudier les lois, venait, à l'âge de dix-huit ans, d'y composer son poëme de Rinaldo, et se disposait à le faire imprimer. Ce tendre père n'était pas dans un moment où il pût regarder la poésie comme un grand moyen de fortune; il fut très-affligé d'apprendre, et cette composition, et cette disposition de son fils. Il s'opposa d'abord à l'impression du poëme; mais vaincu par les instances de ses amis les plus distingués dans les lettres[93], la destinée de son fils et celle de la poésie italienne l'emportèrent, et il y consentit à la fin[94].

[Note 93: ][(retour) ] Molino, Domenico Veniero, Danese Cattaneo, etc.

[Note 94: ][(retour) ] En 1562.