Dans la seconde, après de nouveaux exploits d'Amadis, Lisvart, trompé par des envieux et des calomniateurs, a de si mauvais procédés pour lui, qu'il le force à quitter sa cour[129]. Amadis est encore une fois séparé d'Oriane; mais malgré tous les maux que cette injustice lui fait souffrir, c'est encore lui, quelque temps après, qui, réuni au roi Périon son père et à son frère Florestan[130], sauve d'une ruine totale l'ingrat Lisvart, attaqué par Arcalaüs, à la tête d'une armée de géants et d'une ligue de six rois[131]. Périon et ses deux fils, cachés sous des armes brillantes que leur a envoyées la fée Urgande, restent inconnus, quoique vainqueurs, et disparaissent sans avoir voulu recevoir les remercîments de Lisvart. Il n'apprend qu'après bien des recherches que c'est encore cette fois au généreux Amadis qu'il doit le trône et la vie[132].

[Note 129: ][(retour) ] C. LVI.

[Note 130: ][(retour) ] Fils de Périon comme Amadis et Galaor, mais qu'il avait eu d'une autre maîtresse, avant de connaître Elisène. Florestan a paru pour la première fois au c. XXXV, avec la belle Corisande sa maîtresse. Leurs amours et les exploits de Florestan forment un des épisodes les plus intéressants du poëme.

[Note 131: ][(retour) ] C. LXV.

[Note 132: ][(retour) ] C. LXVI, st. 30 suiv.

Amadis est allé en Orient chercher de nouvelles aventures. Si l'on voulait s'engager ici dans les détails, il faudrait le conduire à la cour de Constantinople, et l'en ramener avec une jeune et très-belle princesse, nommée Grassinde, qui l'a fort bien reçu à Mycènes, mais qui s'est mis dans la tête une singulière fantaisie. Elle a ouï dire que la cour de Lisvart est plus riche en belles personnes que toutes les autres cours. Elle attend de la politesse d'Amadis qu'il l'y conduira et maintiendra envers et contre tous qu'elle surpasse en beauté toutes les demoiselles de cette cour. Amadis, d'abord très-embarrassé, vient ensuite à penser qu'il ne s'agit que des demoiselles, et qu'Oriane (ce qu'il sait en effet très-bien), ne l'est plus; il promet donc à Grassinde tout ce qu'elle veut, et aussitôt elle se dispose à partir[133]. Il lui tient parole, et, dans un grand tournoi, où il parait sous le nom du Chevalier grec, devant toute la cour de la Grande-Bretagne, il renverse tous les chevaliers qui refusent d'avouer la supériorité de Grassinde. Elle reçoit enfin de lui, aux yeux de tous, la couronne de la beauté[134].

[Note 133: ][(retour) ] C. LXXII.

[Note 134: ][(retour) ] C. LXIX.

Oriane était si peu compromise par cette victoire remportée sur les demoiselles bretonnes, qu'elle avait mis en secret au jour un fils, qui fut célèbre dans la suite sous le nom d'Esplandian[135]. Cependant l'empereur de Rome, qui ne sait rien de cette affaire, l'a demandée en mariage[136]. Lisvart lui accorde sa fille; une flotte l'emmène à Rome; mais Amadis, qui s'est retiré dans l'Ile Ferme, dont il est toujours demeuré roi, y fait équiper à la hâte une flottille, rassemble des matelots, des soldats, met en mer; et au moment où la flotte romaine passe à la vue de l'île, fond sur elle, avec ses chevaliers, saute à bord du commandant, lui fait mettre bas les armes, enlève Oriane et l'emmène avec lui dans son île[137].

[Note 135: ][(retour) ] C. LXII, st. 44 et suiv.