Et dans ce mouvement elle vit passer, avec lenteur, à sa gauche, un vaste oiseau aux ailes noires, qui s'en allait vers la haute mer.

LIVRE IV

I
LE SONGE DE DÉMÉTRIOS

Or, avec le miroir, le peigne et le collier, Démétrios étant rentré chez lui, un rêve le visita pendant son sommeil, et tel fut son rêve:

Il va vers la jetée, mêlé à la foule, par une étrange nuit sans lune, sans étoiles, sans nuages, et qui brille d'elle-même.

Sans qu'il sache pourquoi, ni qui l'attire, il est pressé d'arriver, d'être le plus tôt qu'il pourra, mais il marche avec effort et l'air oppose à ses jambes d'inexplicables résistances, comme une eau profonde entrave chaque pas.

Il tremble, il croit qu'il n'arrivera jamais, qu'il ne saura jamais vers qui, dans cette claire obscurité, il marche ainsi, haletant et inquiet.

Par moments la foule disparaît tout entière, soit qu'elle s'évanouisse réellement, soit qu'il cesse de sentir sa présence. Puis elle se bouscule de nouveau plus importune, et tous d'aller, aller, aller, d'un pas rapide et sonore, en avant, plus vite que lui…

Puis la masse humaine se resserre; Démétrios pâlit; un homme le pousse de l'épaule; une agrafe de femme déchire sa tunique; une jeune fille pressée par la multitude est si étroitement refoulée contre lui qu'il sent contre sa poitrine se froisser les boutons des seins, et elle lui repousse la figure avec ses deux mains effrayées…

Tout à coup il se trouve seul, le premier, sur la jetée. Et comme il se retourne en arrière, il aperçoit dans le lointain un fourmillement blanc qui est toute la foule, soudain reculée jusqu'à l'Agora.