—Pour tacher ma robe et recevoir des coups, non, Philotis. Il n'y a que les femmes riches qui puissent faire l'orgie. Les petites joueuses de flûte n'y gagnent que des larmes.
—Quand on ne veut pas tacher sa robe, on la laisse dans l'antichambre. Quand on reçoit des coups de poing, on se fait payer double. C'est élémentaire. Ainsi tu n'as rien à nous apprendre? pas une aventure, pas une plaisanterie, pas un scandale? Nous bâillons comme des ibis. Invente quelque chose si tu ne sais rien.
—Mon amie Théano est restée après moi. Quand je me suis réveillée, tout à l'heure, elle n'était pas encore rentrée. La fête dure peut-être toujours.
—C'est fini, dit une femme, Théano est là-bas, contre le mur Céramique.»
Les courtisanes y coururent, mais à quelques pas elles s'arrêtèrent avec un sourire de pitié. Théano, dans le vertige de l'ivresse la plus ingénue, tirait avec obstination une rose presque défleurie dont les épines s'accrochaient à ses cheveux. Sa tunique jaune était souillée de rouge et blanc comme si toute l'orgie avait passé sur elle. L'agrafe de bronze qui retenait sur l'épaule gauche les plis convergents de l'étoffe pendait plus bas que la ceinture et découvrait la boule mouvante d'un jeune sein déjà trop mûr, qui gardait deux stigmates de pourpre.
Dès qu'elle aperçut Myrtocleia, elle partit brusquement de cet éclat de rire singulier que tout le monde connaissait à Alexandrie et qui l'avait fait surnommer la Poule. C'était un interminable gloussement de pondeuse, une cascade de gaieté qui redescendait à l'essouffler, puis reprenait par un cri suraigu, et ainsi de suite, d'une façon rythmée, dans une joie de volaille triomphante.
«Un œuf! un œuf!» dit Philotis.
Mais Myrtocleia fit un geste:
«Viens, Théano. Il faut te coucher. Tu n'es pas bien. Viens avec moi.
—Ah! ha!… Ah! ha!…» riait l'enfant.