Elle fit une petite mine à Démétrios qui regardait la terre. Puis elle acheva ainsi, très vite:

«J'ai choisi aussi mon collier. Je veux le collier de perles à sept rangs qui est au cou de l'Aphrodite.»

Démétrios bondit.

«Ah! cette fois, c'est trop! tu ne te riras pas de moi jusqu'à la fin! Rien, entends-tu, rien! ni le miroir, ni le peigne, ni le collier, tu n'auras…»

Mais elle lui ferma la bouche avec la main et reprit sa voix câline:

«Ne dis pas cela. Tu sais bien que tu me le donneras aussi. Moi, j'en suis bien certaine. J'aurai les trois cadeaux. Tu viendras chez moi demain soir, et après demain si tu veux, et tous les soirs. À ton heure je serai là, dans le costume que tu aimeras, fardée selon ton goût, coiffée à ta guise, prête au dernier de tes caprices. Si tu ne veux que la tendresse, je te chérirai comme un enfant. Si tu recherches les voluptés rares, je ne refuserai pas les plus douloureuses. Si tu veux le silence, je me tairai… Quand tu voudras que je chante, ah! tu verras, Bien-Aimé! je sais des chants de tous les pays. J'en sais qui sont doux comme le bruit des sources, d'autres qui sont terribles comme l'approche du tonnerre. J'en sais de si naïfs et de si frais qu'une jeune fille les chanterait à sa mère; et j'en sais qu'on ne chanterait pas à Lampsaque, j'en sais qu'Élephantis aurait rougi d'apprendre, et que je n'oserai dire que tout bas. Les nuits où tu voudras que je danse, je danserai jusqu'au matin. Je danserai toute habillée, avec ma tunique traînante, ou sous un voile transparent, ou avec des caleçons crevés et un corselet à deux ouvertures pour laisser passer les seins. Mais je t'avais promis de danser nue? Je danserai nue si tu l'aimes mieux. Nue et coiffée avec des fleurs, ou nue dans mes cheveux flottants et peinte comme une image divine. Je sais balancer les mains, arrondir les bras, remuer la poitrine, offrir le ventre, crisper la croupe, tu verras! Je danse sur le bout des orteils ou couchée sur les tapis. Je sais toutes les danses d'Aphrodite, celles qu'on danse devant l'Ouranie et celles qu'on danse devant l'Astarté. J'en sais même qu'on n'ose pas danser… Je te danserai tous les amours… Quand ce sera fini, tout commencera. Tu verras! La reine est plus riche que moi, mais il n'y a pas dans tout le palais une chambre aussi amoureuse que la mienne. Je ne te dis pas ce que tu y trouveras. Il y a là des choses trop belles pour que je puisse t'en donner l'idée, et d'autres qui sont trop étranges pour que je sache les mots pour les dire. Et puis, sais-tu ce que tu verras qui dépasse tout le reste? Tu verras Chrysis que tu aimes et que tu ne connais pas encore. Oui, tu n'as vu que mon visage, tu ne sais pas comme je suis belle. Ah! Ah!… Ah! Ah! Tu auras des surprises… Ah! comme tu joueras avec le bout de mes seins, comme tu feras plier ma taille sur ton bras, comme tu trembleras dans l'étreinte de mes genoux, comme tu défailleras sur mon corps mouvant. Et comme ma bouche sera bonne! Ah! mes baisers!…»

Démétrios jeta sur elle un regard perdu.

Elle reprit avec tendresse:

«Comment! tu ne veux pas me donner un pauvre vieux miroir d'argent quand tu auras toute ma chevelure comme une forêt d'or dans tes mains?»

Démétrios voulut la toucher… Elle recula et dit: