Il reprit vaguement son chemin vers la ville, baissant le front sous une inexprimable honte.
VI
LES VIERGES
L'aube obscure se leva sur la mer. Toutes choses furent teintées de lilas. Le foyer couvert de flammes, allumé sur la tour du Phare, s'éteignit avec la lune. De fugitives lueurs jaunes apparurent dans les vagues violettes comme des visages de sirènes sous des chevelures d'algues mauves. Il fit jour tout à coup.
La jetée était déserte. La ville était morte. C'était le jour morose d'avant la première aurore, qui éclaire le sommeil du monde et apporte les rêves énervés du matin.
Rien n'existait, que le silence.
Telles que des oiseaux endormis, les longues nefs rangées près des quais laissaient pendre leurs rames parallèles dans l'eau. La perspective des rues se dessinait par des lignes architecturales que pas un char, pas un cheval, pas un esclave ne troublait. Alexandrie n'était qu'une vaste solitude, une apparence d'antique cité, abandonnée depuis des siècles.
Or, un léger bruit de pas frémit sur le sol, et deux jeunes filles parurent, l'une vêtue de jaune, l'autre de bleu.
Elles portaient toutes deux la ceinture des vierges, qui tournait autour des hanches et s'attachait très bas, sous leurs jeunes ventres. C'étaient la chanteuse de la nuit et l'une des joueuses de flûte.
La musicienne était plus jeune et plus jolie que son amie. Aussi pâles que le bleu de sa robe, à demi noyés sous leurs paupières, ses yeux souriaient faiblement. Les deux flûtes grêles pendaient en arrière au nœud fleuri de son épaule. Une double guirlande d'iris autour de ses jambes arrondies ondulait sous l'étoffe légère et s'attachait sur les chevilles à deux periscelis d'argent.
Elle dit: