—Oh! Est-ce vrai? s'écria la petite, rouge de joie.

—Oui; et je ne demande pas qui de vous deux sera le mari. Je sais que Myrto a tout ce qu'il faut pour en donner l'illusion. Tu es heureuse, Rhodis, d'avoir une telle amie. Quoi qu'on en dise, elles sont rares.»

Elles étaient arrivées à la porte, où Djala, assise sur le seuil, tissait une serviette de lin. L'esclave se leva pour les laisser passer, et entra sur leurs pas.

En un instant les deux joueuses de flûte eurent quitté leurs simples vêtements. Elles se firent l'une à l'autre des ablutions minutieuses dans une vasque de marbre vert qui se déversait dans le bassin. Puis elles se roulèrent sur le lit.

Chrysis les regardait sans voir. Les moindres paroles de Démétrios se répétaient, mot pour mot, dans sa mémoire, indéfiniment. Elle ne sentit pas que Djala, en silence, dénouait et déroulait son long voile de safran, débouclait la ceinture, ouvrait les colliers, tirait les bagues, les sceaux, les anneaux, les serpents d'argent, les épingles d'or; mais le chatoiement de la chevelure retombée la réveilla vaguement.

Elle demanda son miroir.

Prenait-elle peur de ne pas être assez belle pour retenir ce nouvel amant—car il fallait le retenir—après les folles entreprises qu'elle avait exigées de lui? Ou voulait-elle, par l'examen de chacune de ses beautés, calmer quelques inquiétudes et motiver sa confiance?

Elle approcha son miroir de toutes les parties de son corps en les touchant l'une après l'autre. Elle jugea la blancheur de sa peau, estima sa douceur par de longues caresses, sa chaleur par des étreintes. Elle éprouva la plénitude de ses seins, la fermeté de son ventre, l'étroitesse de sa chair. Elle mesura sa chevelure et en considéra l'éclat. Elle essaya la force de son regard, l'expression de sa bouche, le feu de son haleine, et du bord de l'aisselle jusqu'au pli du coude, elle fit traîner avec lenteur un baiser le long de son bras nu.

Une émotion extraordinaire, faite de surprise et d'orgueil, de certitude et d'impatience, la saisit au contact de ses propres lèvres. Elle tourna sur elle-même comme si elle cherchait quelqu'un, mais, découvrant sur son lit les deux Éphésiennes oubliées, elle sauta au milieu d'elles, les sépara, les étreignit avec une sorte de furie amoureuse, et sa longue chevelure d'or enveloppa les trois jeunes têtes.

LIVRE II