Il disposa en silence les sept rangs de perles rondes sur la poitrine éclatante, et descendit jusqu'à terre pour voir l'idole de plus loin.

Alors il lui sembla qu'il se réveillait. Il se rappela ce qu'il était venu faire, ce qu'il avait voulu, failli accomplir: une chose monstrueuse. Il se sentit rougir jusqu'aux tempes.

Le souvenir de Chrysis passa devant sa mémoire comme une apparition grossière. Il énuméra tout ce qui restait douteux dans la beauté de la courtisane; les lèvres épaisses, les cheveux gonflés, la démarche molle. Ce qu'étaient les mains, il l'avait oublié; mais il les imagina larges, pour ajouter un détail odieux à l'image qu'il repoussait. Son état d'esprit devint semblable à celui d'un homme surpris à l'aube par son unique maîtresse dans le lit d'une fille ignoble, et qui ne pourrait pas s'expliquer à lui-même comment il a pu se laisser tenter la veille. Il ne trouvait ni excuse, ni même une raison sérieuse. Évidemment, pendant une journée, il avait subi une sorte de folie passagère, un trouble physique, une maladie. Il se sentait guéri, mais encore ivre d'étourdissement.

Pour achever de revenir à lui, il s'adossa contre le mur du temple, et resta longtemps debout devant la statue. La lumière de la lune continuait de descendre par l'ouverture carrée du toit; Aphrodite resplendissait; et, comme les yeux étaient dans l'ombre, il cherchait leur regard…

… Toute la nuit se passa ainsi. Puis le jour vint et la statue prit tour à tour la lividité rose de l'aube et le reflet doré du soleil.

Démétrios ne pensait plus. Le peigne d'ivoire et le miroir d'argent qu'il portait dans sa tunique avaient disparu de sa mémoire. Il s'abandonnait doucement à la contemplation sereine.

Au dehors, une tempête de cris d'oiseaux bruissait, sifflait, chantait dans le jardin. On entendait des voix de femmes qui parlaient et qui riaient au pied des murs. L'agitation du matin surgissait de la terre éveillée. Démétrios n'avait en lui que des sentiments bienheureux.

Le soleil était déjà haut et l'ombre du toit s'était déplacée quand il entendit un bruit confus de pas légers fouler les marches extérieures.

C'était sans doute un sacrifice qu'on allait offrir à la déesse, une procession de jeunes femmes qui venaient accomplir des vœux ou en prononcer devant la statue, pour le premier jour des Aphrodisies.

Démétrios voulut fuir.