»Or, un jour qu'appuyé dans sa porte ouverte il regardait le soleil descendre derrière les arbres immobiles, une lionne vint à passer près de là. Il fit un mouvement pour rentrer, comme s'il craignait des sollicitations fâcheuses. La lionne ne s'inquiéta pas de lui, et passa simplement.
»Alors il lui demanda, étonné: «Pourquoi ne me pries-tu pas de jouer?» Elle répondit qu'elle ne s'en souciait pas. Il lui dit: «Tu ne me connais point?» Elle répondit: «Tu es Orphée.» Il reprit: «Et tu ne veux pas m'entendre?» Elle répéta: «Je ne veux pas.»—«oh! s'écria-t-il, oh! que je suis à plaindre. C'est justement pour toi que j'aurais voulu jouer. Tu es beaucoup plus belle que les autres et tu dois comprendre tellement mieux! Pour que tu m'écoutes une heure seulement, je te donnerai tout ce que tu rêveras.» Elle répondit: «Je demande que tu voles les viandes fraîches qui appartiennent aux hommes de la plaine. Je demande que tu assassines le premier que tu rencontreras. Je demande que tu prennes les victimes qu'ils ont offertes à tes dieux, et que tu mettes tout à mes pieds.» Il la remercia de ne pas demander plus et fit ce qu'elle exigeait.
«Une heure durant il joua devant elle; mais après il brisa sa lyre et vécut comme s'il était mort.»
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* *
La reine soupira:
«Je ne comprends jamais les allégories. Explique-moi, Bien-Aimé. Qu'est-ce que cela veut dire?»
Il se leva.
«Je ne te dis pas cela pour que tu comprennes. Je t'ai conté une histoire pour te calmer un peu. Maintenant il est tard. Adieu, Bérénice.»
Elle se mit à pleurer.
«J'en étais bien sûre! j'en étais bien sûre!»