—Nous nous félicitons qu'il l'ait fait chez toi,» répondit Chrysis sans paraître comprendre l'allusion. Et pour dire immédiatement une méchanceté, elle ajouta:

«Comment va Doryclos?»

C'était un jeune amant fort riche qui venait de quitter Bacchis pour épouser une Sicilienne.

«Je… je l'ai renvoyé, dit Bacchis effrontément.

—Est-il possible?

—Oui; on dit que par dépit il va se marier. Mais je l'attends le lendemain de ses noces. Il est fou de moi.»

En demandant: «Comment va Doryclos?» Chrysis avait pensé: «Où est ton miroir?» Mais les yeux de Bacchis ne regardaient pas en face, et on n'y pouvait rien lire qu'un trouble vague et dépourvu de sens. D'ailleurs, Chrysis avait le temps d'éclaircir cette question, et, malgré son impatience, elle sut se résigner à attendre une occasion plus favorable.

Elle allait continuer l'entretien quand elle en fut empêchée par l'arrivée de Philodème, de Faustine et de Naucratès, qui obligea Bacchis à de nouvelles politesses. On s'extasia sur le vêtement brodé du poète et sur la robe diaphane de sa maîtresse romaine. Cette jeune fille, peu au courant des usages alexandrins, avait cru s'helléniser ainsi, ne sachant pas qu'un pareil costume n'était pas de mise dans un festin où devaient paraître des danseuses à gages semblablement dévêtues. Bacchis ne laissa pas voir qu'elle remarquait cette erreur, et elle trouva des mots aimables pour complimenter Faustine de sa lourde chevelure bleue inondée de parfums brillants qu'elle portait relevée sur la nuque avec une épingle d'or pour éviter les taches de myrrhe sur ses légères étoffes de soie.

On allait se mettre à table, quand le septième convive entra: c'était Timon, jeune homme chez qui l'absence de principes était un don naturel, mais qui avait trouvé dans l'enseignement des philosophes de son temps quelques raisons supérieures d'approuver son caractère.

«J'ai amené quelqu'un, dit-il en riant.