—C’est bien. Soyez lié par ceci.»

Et renversant la tête elle fit glisser entre les barreaux tous ses cheveux comme un ruisseau de parfums. Je les pris dans mes mains, je les pressai sur ma bouche, je me baignai le visage dans leur onde noire et chaude...

Puis ils s’échappèrent de mes doigts et elle ferma la fenêtre sombre.

VIII

Où le lecteur commence à comprendre qui est le pantin de cette histoire.

Deux matins, deux jours et deux nuits interminables succédèrent. J’étais heureux, souffrant, inquiet. Je crois bien que sur les sentiments contradictoires qui m’agitaient en même temps, la joie, une joie trouble et presque douloureuse, dominait.

Je puis dire que pendant ces quarante-huit heures, je me représentai cent fois «ce qui allait arriver», la scène, les paroles et jusqu’aux silences. Malgré moi, je jouais en pensée le rôle imminent qui m’attendait. Je me voyais, et elle dans mes bras. Et de quart d’heure en quart d’heure, la scène identique repassait, avec tous ses longs détails, dans mon imagination épuisée.

L’heure vint. Je marchais dans la rue, n’osant m’arrêter sous ses fenêtres, de peur de la compromettre, et pourtant agacé en songeant qu’elle me regardait derrière les vitres et me laissait attendre dans une agitation étouffante.

«Mateo!»

Elle m’appelait enfin.