C’était encore une heure d’attente. Il fallait ouvrir les fenêtres, mettre des draps, balayer...

Enfin tout fut prêt, et nous montâmes.

Dire que j’étais cette fois assuré de réussir, je ne l’oserais; mais enfin j’avais des espérances. Chez moi, seule, sans protection contre mon sentiment si connu d’elle, il me semblait improbable qu’elle se fût risquée avant d’avoir fait en pensée le sacrifice qu’elle prétendait m’offrir...

Dès que nous fûmes seuls, elle défit sa mantille, qui était attachée avec quatorze épingles à ses cheveux et à son corsage, puis, très simplement, elle se déshabilla. J’avoue qu’au lieu de l’aider, je retardais plutôt ce long travail, et que vingt fois je l’interrompis pour poser mes lèvres sur ses bras nus, ses épaules rondes, ses seins fermes, sa nuque brune. Je regardais son corps apparaître de place en place, aux limites du linge, et je me persuadais que cette jeune peau rebelle allait enfin se livrer.

«Eh bien, ai-je tenu ma promesse? dit-elle, en serrant sa chemise à la taille, comme pour mouler son corps souple. Fermez les jalousies, il fait une lumière odieuse dans cette chambre.»

J’obéis, et pendant ce temps elle se coucha silencieusement dans le lit profond. Je la voyais à travers la moustiquaire, blanche comme une apparition de théâtre derrière un rideau de gaze...

Que vous dirai-je, monsieur? Vous avez deviné que cette fois encore je fus ridicule et joué. Je vous ai dit que cette fille était la pire des femmes et que ses inventions cruelles dépassaient toutes les bornes; mais jusqu’ici vous ne la connaissez pas encore. C’est maintenant seulement qu’en suivant mon récit vous allez, de scène en scène, savoir qui est Concha Perez.

Ainsi, elle était venue chez moi, pour s’abandonner, disait-elle. Ses paroles d’amour et ses engagements, vous les avez entendus. Jusqu’au dernier moment, elle se tint en amoureuse vierge qui va connaître la joie, presque en jeune mariée qui se livre à un époux; jeune mariée sans ignorance, je le veux bien, mais pourtant émue et grave.

Eh bien, en s’habillant chez elle, cette petite misérable s’était accoutrée d’un caleçon, taillé dans une sorte de toile si raide et si forte, qu’une corne de taureau ne l’aurait pas fendue, et qui se serrait à la ceinture ainsi qu’au milieu des cuisses par des lacets d’une résistance et d’une complication inattaquables. Et voilà ce que je découvris au milieu de mon ardeur la plus éperdue, tandis que la scélérate m’expliquait sans se troubler:

«Je serai folle jusqu’où Dieu voudra, mais pas jusqu’où le voudront les hommes!»