«¡Qué guapa! criaient les hommes. ¡Olé! Chiquilla! Olé! Olé! Otra vez!»
Et les chapeaux volaient sur la scène; toute la salle était debout. Elle saluait, encore essoufflée, avec un petit sourire de triomphe et de mépris.
Selon l’usage, elle descendit au milieu des buveurs pour s’attabler en quelque endroit, pendant qu’une autre danseuse lui succédait devant la rampe. Et, sachant qu’il y avait là, dans un coin de la salle, un être qui l’adorait, qui se serait mis sous ses pieds devant la terre entière et qui souffrait à crier, elle alla de table en table et de bras en bras, sous ses yeux.
Tous la connaissaient par son nom. J’entendais des «Conchita!» qui faisaient passer des frissons depuis mes orteils jusqu’à ma nuque. On lui donnait à boire; on touchait ses bras nus; elle mit dans ses cheveux une fleur rouge qu’un marin allemand lui donna; elle tira la tresse de cheveux d’un banderillero qui fit des pitreries; elle feignit la volupté devant un jeune fat assis avec des femmes, et caressa la joue d’un homme que j’aurais tué.
Des gestes qu’elle fit pendant cette manœuvre atroce qui dura cinquante minutes, pas un seul n’est sorti de ma mémoire.
Ce sont des souvenirs comme ceux-là qui peuplent le passé d’une existence humaine.
Elle visita ma table après toutes les autres parce que j’étais au fond de la salle, mais elle y vint. Confuse? ou jouant la surprise? oh! nullement! vous ne la connaissez pas. Elle s’assit en face de moi, frappa dans ses mains pour attirer le garçon et cria:
«Tonio! une tasse de café!»
Puis, avec une tranquillité exquise, elle supporta mon regard.
Je lui dis, d’une voix très basse: