«Le voilà, mon amant! Regarde comme il est joli! Et comme il est jeune, Mateo! Regarde-moi bien: je l’adore!... Mon petit cœur, donne-moi ta bouche!... Encore une fois... Encore une fois... Plus longtemps... Qu’elle est douce, ma vie!... Oh! que je me sens amoureuse!...»

Elle lui disait encore beaucoup d’autres choses...

Enfin... comme si elle jugeait que ma torture n’était pas au comble... elle... j’ose à peine vous le dire, monsieur... elle s’est unie à lui... là... sous mes yeux... à mes pieds...

J’ai encore dans les oreilles, comme un bourdonnement d’agonie, les râles de joie qui firent trembler sa bouche pendant que la mienne étouffait,—et aussi l’accent de sa voix, quand elle me jeta cette dernière phrase en remontant avec son amant:

«La guitare est à moi, j’en joue à qui me plaît!»

XIII

Comment Mateo reçut une visite, et ce qui s’ensuivit.

Si je ne me suis pas tué en rentrant chez moi, c’est sans doute parce que au-dessus de mon existence déchirée une colère plus énergique me soutint et me conseilla. Incapable de dormir, je ne me couchai même point. Le jour me trouva debout et marchant, dans la pièce où nous sommes, des fenêtres à la porte. En passant devant une glace, je vis sans étonnement que j’étais devenu gris.

Au matin, on me servit un premier déjeuner quelconque sur une table du jardin. J’étais là depuis dix minutes, sans faim, sans souffrance, sans pensée, quand je vis venir à moi du fond d’une allée, presque du fond d’un rêve, Concha.

Oh! ne soyez pas surpris. Rien n’est imprévu quand on parle d’elle. Chacune de ses actions est toujours, à coup sûr, stupéfiante et scélérate. Tandis qu’elle approchait de moi, je me demandais anxieusement quelle convoitise la poussait, du désir de contempler une fois encore son triomphe, ou du sentiment qu’elle pourrait peut-être, par une manœuvre aventureuse, achever à son profit ma ruine matérielle. L’une et l’autre explication étaient également vraisemblables.