Nous montâmes l’escalier de la véranda. Elle courait en avant et chantait un air de zarzuela connue avec une lenteur qui voulait sans doute m’en faire mieux sentir l’allusion:

«¡Y si á mi no me diese la gana
De qué fuéras del brazo con él?
—¡Pués iria con él de verbena
Y à los toros de Carabanchel!»

De son propre mouvement elle entra dans une pièce... Monsieur, ce n’est pas moi qui l’ai poussée là... ce qui est arrivé ensuite, ce n’est pas moi qui l’ai voulu... Notre destinée était ainsi faite... Il fallait que tout arrivât.

La pièce où elle entra, je vous la montrerai tout à l’heure, c’est une petite salle toute tendue de tapis, sourde et sombre comme une tombe, sans autres meubles que des divans. J’y allais fumer autrefois. Maintenant, elle est abandonnée.

J’y pénétrai derrière elle; je fermai la porte à clef sans qu’elle entendît la serrure; puis un flux de sang me monta aux yeux, une colère amassée jour à jour depuis plus de quatorze mois, et, me retournant vers sa face, je l’assommai d’un soufflet.

C’était la première fois que je frappais une femme. J’en restais aussi tremblant qu’elle, qui s’était rejetée en arrière, l’air hébété, claquant des dents.

«Toi... toi... Mateo... tu me fais cela...» Et au milieu d’injures violentes, elle cria:

«Sois tranquille! tu ne me toucheras pas deux fois!»

Elle fouillait dans sa jarretière où tant de femmes cachent une petite arme, quand je lui broyai la main et jetai le couteau sur un dais qui touchait presque au plafond.

Puis je la fis tomber à genoux en tenant ses deux poignets dans ma seule main gauche.