Lorsqu'elle vit entrer le Roi dans la métairie de ses aïeux, Nicole ne douta pas que son destin en personne ne vînt à elle, pourpre au flanc et couronne en tête.


Pausole à peine endormi, elle intrigua pour rester seule. On ne voulut pas d'abord y consentir; puis, les heures passant et le nez royal penchant de plus en plus vers la barbe, le sommeil de l'insigne visiteur prit un aspect d'éternité qui suspendit les précautions. Le métayer s'esquiva, laissant Nicole en sentinelle.

La petite sentit sa poitrine battre: c'était l'heure de sa destinée.

Ah! que faire, et comment jouer le rôle que lui proposait la fortune?

Elle ne connaissait l'étiquette des cours que par les poèmes et les drames dont sa sœur la préfète lui faisait largesse chaque année à l'occasion des étrennes. C'était déjà quelque chose; et bien qu'on ne parle peut-être pas toujours au prince de Galles la langue de S. A. la princesse Maleine, celle de Blanche Triboulet ou celle d'Hérodiade, on n'est pas complètement ignorant du trône quand on a de la littérature, pensait Nicole.

Et elle le prouva.


Saisissant dans un vase de porcelaine peinte une rose en papier doré, elle approcha du Roi, le baisa au front, étendit la main droite et récita de sa voix la plus sage:

—Ô Roi! sors de tes songes: éveille-toi! regarde!