—... pour vous. Seigneur, je n'ai jamais contemplé qu'avec crainte l'auguste majesté sur votre front empreinte, car le jeune homme est beau, mais le vieillard est grand. Puisque j'ai mis ma lèvre à ta coupe encore pleine des baisers du zéphyr qui me relèvera, Pausole, prends ton luth, regarde, je suis belle: l'aube exaltée ainsi qu'un peuple de colombes marche à travers les champs, une fleur à la main.
—Comment dis-tu!! hurla le Roi, d'une voix qui la fit enfin taire.
Mais au même instant, et comme la jeune fille terrifiée restait bouche béante, Pausole aperçut derrière la fenêtre des lueurs multipliées qui voletaient çà et là; il vit des torches s'approcher, des gens courir, des bras s'étendre, une sorte de gigantesque mouton baisser du niveau des hautes vitres sa tête branlante jusqu'à terre... Brusquement, la porte s'ouvrit et Diane à la Houppe entra.
—Ah! cria-t-elle. J'en étais sûre!
La pauvre petite Nicole se cacha derrière le Roi.
Pausole, frappant de sa large main une table retentissante, proféra:
—Mais, par le tonnerre des dieux! qu'est-ce que tout cela signifie? Il faut que je dorme encore ou que je sois devenu fou!... Taxis! où est Taxis?... Gilles! Gilles! Djilio! Giguelillot!... Où est mon ministre? Où est mon page? Où suis-je moi-même? et dans quelle caverne de bandits a-t-on fomenté ce guet-apens?
—Ah! Sire, vous êtes dans mes bras! expliqua Diane à la Houppe.
—Tu seras à mon ombre et moi dans ta lumière, rectifia la petite Nicole.