—Ah! pardon, protesta Mirabelle, je ne suis pas Tryphémoise, moi! Je suis née à Montpellier, rue du Petit-Saint-Jean... Je mettrai mon veston ou une robe, si vous en avez à me donner, mais je ne sortirai pas comme ça, mon petit ami.
—Cela n'a pourtant pas l'air de vous gêner depuis un quart d'heure!
—Tiens! un homme dans une chambre, c'est tout naturel... Quand vous seriez quinze, je n'irais pas me cacher... Mais dehors, sur la route, devant n'importe qui...
Elle s'adossa au mur et se cacha le visage dans les mains:
—Oh! que j'ai honte!
Line s'approcha:
—Veux-tu mon costume? Je sortirai bien toute nue, moi, qu'est-ce que cela me fait?
—Non! non! dit Giglio. On peut reconnaître la Princesse. C'est elle qu'il faut cacher, et le chapeau de paysanne avec cette jupe courte ne sont pas de trop: qu'elle les garde. Vous, au contraire, personne ne sait qui vous êtes. Les gens de la police vous prennent pour un jeune homme. Déroutez-les encore s'ils recommencent leur chasse. Ils l'ont abandonnée par ordre, mais tout peut changer demain matin: je ne réponds de rien entre minuit et midi. Sauvez-vous, il n'est que temps! Vous allez prendre à la main chacune un des deux seaux que je viens d'apporter. Vous sortirez sans faire de bruit, mais franchement et avec calme. Ceux qui vous rencontreront peuvent redire aux policiers qu'ils ont vu passer, à neuf heures, deux laitières portant leur lait: l'une dont ils n'ont pas distingué le visage; l'autre qui était brune, grande et nue. Je défie qui que ce soit de deviner là-dessous la blonde petite Princesse Aline avec l'inconnu qu'on poursuit.
—Que c'est bien imaginé! fit Line en battant des mains. Et comme vous êtes bon, monsieur! Je vais vous embrasser, si mon amie le permet.