[CHAPITRE II]

OÙ M. LEBIRBE ENTRE EN SCÈNE ET OÙ PHILIS POUSSE UN PETIT CRI.

L'une avecques ses beaux yeux vers,
Sourit, se hausse et me regarde.

Saint-Amant.

Giguelillot suivait d'un œil fin la charge des quarante gardes vers le petit bois d'oliviers, lorsqu'un vieillard svelte et poli se découvrit à l'ancienne mode devant la toque et le pourpoint bleu.

—Seigneur, demanda-t-il, vous êtes page du Roi?

—Monsieur, j'ai cet insigne honneur.

—Fort bien. Je suis M. Lebirbe, président de la Ligue contre la licence des intérieurs, reconnue d'utilité publique par une ordonnance royale en date du 1er juillet 1899. J'habite une maison voisine qu'on appelle volontiers le château du village, moins à cause de son importance que par comparaison avec l'humilité des édicules environnants. Cette demeure n'est certes pas digne de donner asile à mon souverain; mais j'ai appris que Sa Majesté en route pour la capitale faisait halte non loin d'ici; je vois qu'il se fait tard, je doute que le Roi veuille se remettre en marche à cette heure avancée du soir, et, sans avoir la témérité de lui adresser une invitation, je voudrais néanmoins porter à sa connaissance que tout est prêt sous mon toit pour recevoir lui et sa suite, au cas où il daignerait passer la nuit chez moi. Les appartements que j'oserais lui offrir attendent depuis l'origine, sous le nom de «Chambres du Roi», la visite éventuelle que je me complaisais à prévoir, sachant que le Roi Pausole redoute les longues étapes et que ma demeure est à mi-chemin entre son palais et Tryphême...

—Avez-vous des filles, monsieur? interrompit Giguelillot.

—Oui, seigneur... Puis-je vous demander comment cette question...