Elle avait bien entendu dire que le sort lui accordait trois cent soixante-six belles-mères dont la plupart excellaient en esprit ou en beauté; mais le harem lui demeurait fermé jour et nuit. Sa mère était depuis longtemps morte. Elle n'avait pas de sœurs, pas de compagnes. Les dames d'honneur elles-mêmes avaient ordre de ne parler à la Princesse qu'en vue de son instruction littéraire. Toutefois, n'imaginant qu'à peine une vie meilleure autre part, la blanche Aline restait gaie.
Le matin, tout le parc lui appartenait. C'était l'heure où dormaient les Reines et le Roi. Elle jouait seule, mais avec le même entrain et la même activité que si une foule d'enfants l'eût mêlée à sa joie. Des arbres étaient ses amis; de petits coins ses confidents. Elle revenait parfois haletante d'une partie de cache-cache avec un lézard vert ou d'une lutte de vitesse avec un lapin rose.
Et puis, brusquement, un matin, elle trouva plus intéressant de jouer au volant avec sa rêverie et de danser le menuet avec son image.
Environ six semaines plus tard, Pausole apprenait par sa lettre qu'elle avait quitté le palais avec «quelqu'un de très gentil» qui prétendait veiller sur elle.
Ainsi, dans la solitude même où son père la tenait enfermée, la blanche Aline avait su trouver sans conseils et tout à fait sans exemples, mais secourue heureusement par sa jeune imagination, les camarades qu'il lui fallait à l'âge de ses métamorphoses.
[CHAPITRE IV]
COMMENT LE ROI PAUSOLE RENTRA DANS SON PALAIS ET CE QU'IL JUGEA BON D'Y FAIRE.
Assis sur un fagot, une pipe à la main,
Tristement accoudé contre une cheminée,
Les yeux fixés vers terre et l'âme mutinée,
Je songe aux cruautés de mon sort inhumain.
Saint-Amant.
Devant les marches du portique, la mule Macarie s'arrêta sur ses quatre pattes frémissantes, profondément offensée d'avoir été contrainte à une course folle qui ne convenait ni à son âge, ni à ses habitudes, ni à son caractère.