—Monsieur, poursuivit-il, je vous méprise bien sincèrement; vous êtes sot, ambitieux, servile, vous n'avez ni tact ni courage...
—M'insulteriez-vous?
—Je ne crois pas.
—Je prends acte de cette déclaration.
—Nous disions donc, reprit Giglio en souriant, que vous manquiez à la fois de courage et de dignité. Néanmoins, je suis prêt à vous accorder l'honneur d'une rencontre...
—Mais je ne le demande pas!
—Je vous l'offre.
—Je le décline.
—Vous refusez de vous battre?
—Monsieur, l'Éternel a écrit en lettres de flamme sur le sommet du Sinaï, ce commandement: «Tu ne tueras point.» Christ l'a répété. Paul l'a enseigné aux Gentils. Et vous attendez de moi que je touche une arme de meurtre! Non, monsieur! c'est mal me connaître. Je veux suivre le noble exemple qui m'a été donné ce soir dans le petit bois d'oliviers. Moi aussi, sous l'outrage, je tends l'autre joue! Moi aussi je veux boire l'opprobre jusqu'à la lie! Moi aussi je m'écarquille sur la claie des afflictions! Je vous fais des excuses, monsieur! Je vous fais des excuses publiques! Je sortirai victorieux de la lutte avec mon orgueil. Voyez: je courbe la tête, et je sens mon cœur réconforté.