Évidemment, tous ces problèmes ne pouvaient se traiter en cinq minutes.

Et, d'ailleurs, rien ne pressait.

Dans quel dessein brusquer les choses?

Tout faisait croire que, pour protéger la blanche Aline contre le péril le plus fâcheux, il était déjà trop tard.

Mais pour la ramener au palais il serait toujours assez tôt.

Puisqu'on ne pouvait rien changer au fait accompli, puisqu'il était patent, scandaleux, connu de tous, mieux valait ne s'occuper que des suites et en chercher le remède à tête reposée.


Ayant ainsi décidé de ne décider rien sur l'heure, Pausole prit un bain, fuma deux cigarettes et mangea quelques biscuits imbibés de vieux porto.

Une image cependant l'obsédait. Il se disait qu'à l'instant précis où il prenait dans sa chambre ce temps de repos et de réflexion, sa fille accomplissait sans doute l'acte le plus important de sa première adolescence. Il la voyait malgré lui, dans une attitude, hélas! trop facile à imaginer, et toutes les phases de la scène connue se reproduisaient dans sa pensée avec la vraisemblance la plus désagréable.

D'une façon particulière il était choqué de n'avoir aucun renseignement sur le second des deux personnages qui jouaient un rôle dans l'aventure. On troublait sa vie; on causait un préjudice capital à sa tranquillité d'esprit, et il ne savait même pas sur qui pester! Un tel événement n'aurait pas dû se produire sans qu'il y prît au moins une part de conseil. À toute branche d'éducation convient un professeur spécial dont l'aptitude et la compétence ne peuvent guère être appréciées par l'élève lui-même. Pausole ne comprenait pas comment, le jour où sa fille abordait pour la première fois une matière aussi classique, elle avait pris un initiateur de son choix en négligeant toute enquête sur la question de savoir s'il était qualifié pour lui donner des leçons.