—Quelle question baroque! Comment voudrais-tu qu'il en fût autrement? Ce sont des Catalans et des Languedociens mêlés; il sont de race gallo-romaine.
—Oui; mais ce n'est pas ce que je voulais dire. Je suis venu de Paris, croyant trouver ici un milieu tout nouveau. Vous aviez fait une révolution complète, proclamé la liberté morale...
—Oh! dit Pausole. Ce n'est rien, mon petit. L'importance des révolutions se mesure à l'intérêt que peut avoir le gouvernement à retarder leur réussite. Il n'y a jamais eu qu'une révolution improbable avant le succès et inconcevable dans le souvenir, c'est celle qui vous a donné la liberté religieuse, parce qu'en renonçant au droit divin, le pouvoir s'est privé d'un soutien fondamental qui lui avait assuré jusque-là une stabilité plusieurs fois séculaire. Mais la liberté morale? Vous l'aurez quand vous la demanderez.
—Qu'est-ce que c'est? hasarda Philis.
—Tu penses bien, mon petit Gilles, dit Pausole sans répondre, que le jour où, à Paris, le public prendra la peine de réclamer une danseuse nue à l'Opéra, on la lui donnera tout de suite, car le ministère n'en sera pas renversé, surtout si les abonnés savent que la danseuse est bonne pour lui.
—C'est possible; mais je croyais trouver ici un monde plus différent du mien, quelque chose de bouleversé, d'inouï, un contraste absolu. Et tout se passe pourtant comme dans le pays voisin... Les routes sont calmes, les moissons poussent, les métayers chassent de chez eux les filles de ferme qui se conduisent mal; les soirées sont d'une tenue grave et les jeunes filles paraissent élevées avec une certaine rigueur.
—Bien entendu. Rien ne change rien à l'homme, mon petit. On peut seulement lui rendre la vie un peu plus facile et douce en le laissant libre d'accomplir tout ce qui ne fait de mal à personne. Et voilà ce que j'ai voulu faire. Je crois même que depuis bien des siècles, je suis le premier législateur qui se soit donné pour principe de ne pas ennuyer les gens.
Philis s'agitait sur sa selle.
—Alors, Sire, on fait tout ce qu'on veut dans le harem?... J'ai encore posé une question... Si je suis insupportable, il faut me le dire... Je suis habituée... On me gronde tout le temps.
—Non, tu n'es pas insupportable, dit Pausole. Et je t'aime ainsi. J'espère qu'au harem tu ne voudras rien faire qui n'y soit permis. En tout cas, ce n'est pas une prison. Tant que tu seras heureuse, je t'y garderai. Le jour où tu voudras partir, tu me diras simplement: Adieu.