Le page sonna. On l'introduisit auprès d'une grande dame âgée qui avait de parfaites façons et qui s'enquit tout de suite de ses préférences, c'est-à-dire qu'elle lui demanda s'il fallait faire prévenir en ville Mme X., femme d'un magistrat, personne blonde très effarouchée, ou plutôt Mme Y., dont la photographie était sur la cheminée.
Mais Giglio, sans y toucher, fit en quelques mots précis le portrait d'une jeune fille idéale qui ressemblait à Galatée comme Galatée à son miroir.
On le laissa seul dans une chambre, et, après vingt minutes d'attente pendant lesquelles on fit semblant d'aller quérir l'ingénue chez elle, il vit entrer Mlle Lebirbe qui venait simplement de la chambre voisine.
Dès qu'elle l'aperçut, elle poussa un cri et, détournant la tête, se mit à pleurer.
Au lieu de triompher par un «Je vous l'avais bien dit!» qui ne lui eût pas apporté les consolations indiquées, Giglio s'approcha d'elle et lui prit la main:
—Qu'avez-vous?
—Ah! vous êtes gentil d'être venu!
Ses larmes redoublèrent. Elle reprit:
—Vous aviez raison... vous m'avez parlé comme un ami... J'ai eu tort de ne pas vous croire... On a été si grossier pour moi, si vous saviez!... Je ne suis pas plus heureuse que dans ma famille...
—Vous retourneriez chez votre père?