—Mon ami, reprit le Roi, si vous empiétez sur les attributions des autres officiers de la cour, nous courons à l'anarchie. Allez dire au Grand-Échanson que pour ce soir encore je le prie de bien vouloir choisir en mon nom le vin que je dois préférer. J'ai trop de tracas pour rien décider sur ce point, et à plus forte raison pour vous entendre. Allez!

—Mais allez-vous-en donc! cria Diane, au comble de l'agacement.

Et comme Taxis, respectueux mais entêté, ne faisait aucun geste d'obéissance, Diane le prit par les deux épaules et lui dit en face, du ton le plus sérieux:

—Vilain parpaillot! Si vous obtenez de la bonté du Roi la permission de parler ici, je vous forcerai de partir avant que vous ayez prononcé un mot; si ce n'est pas par la violence, ce sera par un moyen que vous connaissez bien!

Le Roi leva les bras:

—Allons! fit-il. Un conflit! Houppe, tiens-toi tranquille. Taxis va s'en aller. Il est homme de sens. Il doit avoir déjà compris que nous ne souhaitons pas en ce moment son entretien.

Taxis eut un sourire mielleux, qui s'acheva en importance.

—En effet, dit-il. Et si la voix inflexible de ma conscience, si l'unique souci d'un devoir souvent ingrat, si la passion de la vérité ne m'appelaient où je suis, croyez, Sire, que j'aurais déjà déféré au désir que m'exprime Votre Majesté. Mais ma tâche est plus haute que mon intérêt personnel, et dussé-je en souffrir, je ferai mon devoir jusqu'au bout. Je n'empiète pas, quoique Votre Majesté m'en fît tout à l'heure le cruel reproche, sur les attributions de mes collègues. Je suis maréchal du palais, et comme tel, je devais m'occuper du grave incident qui s'est produit ce matin au rez-de-chaussée du pavillon sud. Mon initiative ne s'est pas trouvée en défaut. J'ai fait rechercher la Princesse Aline.

—Hélas! gémit la Reine Diane.

Mais, ressaisie aussitôt, et debout, elle interpella: