Sur ces mots, il salua d'un front sec et disparut.

Diane, restée seule avec le Roi, saisit l'occasion par le nez.

—Ah! Sire, quand nous délivrerez-vous de cet odieux personnage? Il est notre bourreau, vous ne pouvez savoir ce qu'il invente pour nous exaspérer. Il règle tout, il distribue tout, il administre jusqu'à nos pensées. Nous ne pouvons ni dormir, ni danser, ni courir au parc, ni lire de romans, ni manger de bonbons qu'aux heures fixées par sa manie. Le moindre oubli est puni de cellule. Un simple retard suffit. Il nous tue!... Pour le faire fuir nous n'avons qu'un moyen: c'est celui que je voulais employer tout à l'heure; et encore si vous ne lui aviez pas interdit de nous parler décence, il nous châtierait terriblement de ceci, car rien ne le met en plus grande fureur que les spectacles dont parfois il faut bien qu'on le rende témoin. Mais ce moyen-là me répugne et je n'ai même pas toujours plaisir à le voir employer par les autres. Aussi quelle idée singulière que de mettre un pasteur protestant à la tête d'un harem si nu! Vous l'avez voulu, c'est donc parfait ainsi, et je vous pose des questions, Sire, sans les résoudre. Pourquoi ne pas nous donner de véritables eunuques, comme cela se fait en Orient? Mes compagnes les regrettent quelquefois en disant que ces pauvres êtres peuvent, eux aussi, donner aux femmes un plaisir complet qu'ils ne partagent point et qui ne doit éveiller la jalousie de personne. Moi, je ne pense guère à de pareilles choses; je n'ai de joie qu'en votre souvenir, mais je voudrais qu'on ne m'empêchât plus d'y rêver tout à mon aise et qu'une haïssable face ne se dressât pas tout le jour entre lui et moi.

—Eh! eh! dit Pausole, Taxis a du bon.

[CHAPITRE VII]

QUI EST CONSIDÉRABLEMENT ÉCOURTÉ EU ÉGARD AUX LOIS EN VIGUEUR.

Ô mourir agréable! ô trépas bienheureux!
S'il y a quelque chose en ce monde d'heureux,
C'est un tombeau tout nud d'une cuisse yvoirine.
Ces esprits vont au ciel d'un ravissement doux.

Théophile de Viau.—1625.

Je ne décrirai point le repas qui suivit.

On m'a dit, en effet, que les lois de notre pays permettent aux romanciers de proposer en exemple tous les crimes de leurs personnages mais non point le détail de leurs voluptés, tant le massacre est aux yeux du législateur un moindre péché que le plaisir.