—Maintenant, lisez votre rapport.
Taxis n'avait pas bronché. Les conseils que porte la nuit ayant eu sur son empressement une influence pacifiante, il avait cessé de crier que l'intérêt de sa carrière cédait le pas à celui de sa tâche. En outre, consultant sa Bible, il s'était arrêté à ce passage catégorique:
«Vous clamerez contre le roi que vous vous serez choisi, mais l'Éternel ne vous exaucera point»[4].
[ [4] Samuel, VIII, 22.
Ceci levait tous les scrupules. Il redevint courtisan.
—Sire, voici l'affaire en deux mots. La minute et l'expédition de mes rapports sont dans ce portefeuille, mais je crois préférable de les résumer.
Il s'approcha de la fenêtre ouverte.
—Hier matin, vraisemblablement vers quatre heures, Son Altesse Royale la Princesse Aline s'est assise tout habillée sur le marbre de cette fenêtre. Ayant levé les jambes et opéré de droite à gauche un mouvement de rotation qui a laissé trace dans la poussière, elle a sauté d'une hauteur d'environ soixante-quinze centimètres au milieu de la platebande. Ses deux pieds ont marqué là leurs empreintes parallèles, puis alternées—et il n'y a pas d'autres vestiges. Son Altesse est donc partie seule.
Sur cette révélation, Taxis croisa les mains devant son maigre ventre, et prit un temps.
—Hier soir, continua-t-il, la Princesse se préparait à passer la nuit dans une auberge appelée «Hôtel du Coq» et située à 3 kil. 2, sur la route de la capitale. Elle y était arrivée à 3 h. 40, venant d'un petit bois voisin et accompagnée d'un jeune homme dont je possède le signalement, mais qui est inconnu dans la région.