—Avant-hier et le jour précédent, une troupe de danseuses françaises a donné deux représentations à la Cour, devant Leurs Majestés du Harem. La Princesse Aline était présente au fond de sa baignoire, autorisée pour la première fois à pénétrer sur le théâtre. Elle a manifesté pendant tout le ballet le plaisir le plus vif, et l'on a pu remarquer que son émotion grandissait chaque fois qu'elle voyait danser une... pécore nommée Mirabelle.
Taxis prit un nouveau temps, puis articula:
—Après le spectacle, la Princesse a fait remettre à cette personne un don en argent—sous la forme d'un billet de banque—contenu dans une enveloppe cachetée.—Je prie Votre Majesté de peser tous les mots de ma phrase. À mon sens, il y a corrélation entre ce petit fait et le malheur public qui l'a suivi de si près.
Il y eut un silence gênant.
Le Roi continuait de fumer.
Taxis crut nécessaire de préciser davantage.
—J'accuse, en un mot, reprit-il, j'accuse la ballerine nommée Mirabelle d'avoir machiné une intrigue diabolique dans le but d'entraîner à l'abîme une âme que tant de soins et de piété paternelle avaient conservée à l'état de candeur. J'accuse cette coquine d'avoir été l'entremetteuse du crime qui s'est perpétré! Le nom du suborneur, nous le saurons plus tard; il n'importe; mais qu'il ait connu Mirabelle et qu'elle lui ait permis d'arriver à ses fins, c'est ce que je me fais fort de démontrer par la suite de l'instruction si Votre Majesté n'y met pas d'obstacle.
Pausole leva les deux mains.
—Nous n'en sortirons pas! dit-il découragé. Cela se complique de plus en plus. Et que sont devenues ces danseuses?
—Parties le même jour pour Narbonne.