—Alors...
—Alors, interrompit le Roi qui s'animait visiblement dans l'influence de son page, tout se simplifie aussitôt et je n'ai plus qu'une résolution à prendre!—Ou bien je laisserai cette petite faire le voyage de sept mois dont sa lettre m'annonce le projet;—ou bien j'irai lui parler en personne et je la ramènerai au palais qu'elle n'aurait jamais dû quitter!
Le page comprit d'un coup d'œil que s'il laissait Pausole réfléchir en silence, toute cette belle ardeur s'éteindrait dans une cendre d'inertie.
—Sire, il faut partir, affirma-t-il. Cela est bon, non seulement pour Son Altesse, mais davantage encore pour vous. Si comme vous le laissez voir vous n'êtes plus heureux, c'est qu'un homme a détruit l'avenir nonchalant que vous vous réserviez avec tant de sagesse. Pour vous délivrer du soin de vouloir chacun de vos actes, vous avez remis votre existence aux mains d'un monsieur qui n'y comprend rien et qui la guide tout de travers. C'est lui qui vous désappointe. C'est lui qui écarte de vous un bonheur toujours possible et toujours nouveau chaque matin. Vous périssez dans sa routine; vous mourez de monotonie. Demain, son calendrier vous impose la Reine Denyse. L'aimez-vous? Non. Vous ne l'aimez point. Et pourtant vous la subirez. Vous continuerez d'habiter les mêmes chambres, le même fauteuil, de voir le même horizon dans le cadre de la même fenêtre. Échappez donc à tout cela! Il y a si peu de jours dans la vie: faites que pas un d'eux ne ressemble au suivant.
—Mais alors qui me conseillera, si je me lance dans cette équipée?
—Qui? le hasard, la fantaisie. Laissez-vous tenter par la fortune de chaque jour et promener par la bonne étoile. Son conseil est facile à suivre.
—Puissé-je ne pas arriver, dit Pausole en secouant la tête, comme Melchior ou Balthazar, devant une crèche blonde et un petit enfant...
—Quand cela serait? vous l'aimeriez.
—Tu as raison. Et d'ailleurs nous y serons plus tôt. Les fugitifs dorment à deux pas. Il ne s'agit pas d'un voyage. Demain nous les rejoindrons sans doute.
—Vous partez? Vous partez vraiment?