Mirabelle, comprenant qu'elle perdrait tout prestige si elle se montrait en robe de ville à cette enfant qui adorait en sa personne le Prince Charmant, avait gardé son travesti pour aller à ce rendez-vous qui lui plaisait à plus d'un titre.
Et la blanche Aline, extasiée, vit venir à elle du fond de la pelouse le même jeune homme tant aimé par les quarante dames du ballet, mais beaucoup plus bel encore, remuant son costume à paillettes dans l'aube d'une lune enchantée, et fixant les yeux sur elle.
[CHAPITRE II]
OÙ PAUSOLE, NON CONTENT D'AVOIR PRIS UNE RÉSOLUTION, VA JUSQU'À L'EXÉCUTER.
Vous aurez des envieuses et des ennemies; et votre beauté ne donnera pas plus tôt de l'amour à Soliman qu'elle donnera de la haine à toutes les sultanes.
Scudéry. Ibrahim ou l'illustre Bassa.—1641.
Laissant Taxis et Giglio en présence, le Roi Pausole se rendit dans ses appartements privés où l'attendait la Reine Denyse, la même qui lui avait conseillé d'écrire une lettre à saint Antoine pour retrouver la blanche Aline.
La pauvre reine, malgré tous ses soins, n'avait pu dissimuler que bien mal sous la crème et la poudre de riz quatre estafilades parallèles qui lui déchiraient le sein gauche.
Elle fit le récit de ses infortunes.
Diane à la Houppe, ramenée au harem après son réveil solitaire, avait été prise d'un accès de désespoir et de sanglots sur un divan. Entourée de mauvaises amies, exaspérée par les ricanements, plaisantée à la fois sur son curieux physique et sa passion de mauvais ton, elle s'était redressée toute pleurante encore, la bouche amère, les mains en griffes. Et au lieu de s'en prendre à celles qui dansaient une farandole autour de ses larmoyades, elle avait cherché par toute la grande salle la douce et innocente Denyse pour lui balafrer la poitrine et se venger de lui céder sa place.