Au-dessus du mascaron cornu, que la blanche Aline prenait pour le diable, deux nymphes de marbre s'enlaçaient, debout et penchées sur le bassin obscur. À la fin de chaque hiver l'amandier les couvrait de ses petites églantines. L'été, elles prenaient sous le soleil toutes les couleurs de la chair. La nuit elles redevenaient déesses.
Près de cette eau fertile et sombre qu'on nommait le Miroir des Nymphes, la petite Princesse en robe Empire vit venir à elle son Prince Charmant qui remuait sa veste à paillettes dans l'aube d'une lune enchantée.
Elle l'aperçut du plus loin qu'il se montra sous les arbres, semblable à une fine étoile blanche. Puis elle le vit grandir et se préciser. Il marchait d'un pas tranquille, cueillait parfois des feuilles aux rameaux et les respirait comme des corolles. Il paraissait et s'éclipsait selon les zones d'ombre et de clarté. Line ne s'était jamais sentie aussi émue. Si jalouse qu'elle fût de l'embrasser tout de suite, elle recula jusqu'à la fontaine et, la main devant la bouche, n'osa pas lui dire un mot.
—Vous m'avez appelée; me voici, fit Mirabelle, tendrement.
Line ouvrait des yeux énormes. Elle regardait son Prince des pieds à la face, mais surtout dans les prunelles.
Il était nu-tête, les cheveux foncés et coupés court et flottants autour des oreilles. Son regard était profond et fixe avec une expression très douce qui n'allait pas jusqu'au sourire. Elle vit le cher visage se pencher vers le sien, et, comme elle fermait les yeux, deux lèvres chaudes s'y posèrent.
L'ombre noire des nymphes enlacées cachait les jeunes filles debout. Line tremblait. Les deux lèvres avec lenteur tramèrent leur caresse autour de sa joue et ne s'arrêtèrent que sur sa bouche.
—Ah!... fit-elle enfin.
Mirabelle se sépara. Cette fois un sourire léger mais toujours tendre effilait ses yeux margés de noir...