Pas un homme ne pouvait nous voir, nous nous mîmes nues devant les filles, et, si elle vainquit sur un point, je l'emportait de loin sur les autres. Bergeronnette, oiseau de Kypris, chante avec nos premiers désirs!
13 — LA RIVIÈRE DE LA FORÊT
Je me suis baignée seule dans la rivière de la forêt. Sans doute je faisais peur aux naïades car je les devinais à peine et de très loin, sous l'eau obscure.
Je les ai appelées. Pour leur ressembler tout à fait, j'ai tressé derrière ma nuque des iris noirs comme mes cheveux, avec des grappes de giroflées jaunes.
D'une longue herbe flottante, je me suis fait une ceinture verte, et pour la voir je pressais mes seins en penchant un peu la tête.
Et j'appelais: « Naïades! naïades! jouez avec moi, soyez bonnes. » Mais les naïades sont transparentes, et peut-être, sans le savoir, j'ai caressé leurs bras légers.
14 — PHITTA MELIAÏ
Dès que le soleil sera moins brûlant nous irons jouer sur les bords du fleuve, nous lutterons pour un crocos frêle et pour une jacinthe mouillée.
Nous ferons le collier de la ronde et la guirlande de la course. Nous nous prendrons par la main et par la queue de nos tuniques.
Phitta Meliaï! donnez-nous du miel. Phitta Naïades! baignez-nous avec vous. Phitta Méliades! donnez l'ombre douce à nos corps en sueur.