Et je n'ai pas commandé, pour nous, deux joueuses de flûte aux belles bouches, mais deux marmites de pois rissolés, des gâteaux au miel, des croquettes frites et ma dernière outre de Khios.
139 — LE TOMBEAU D'UNE JEUNE COURTISANE
Ici gît le corps délicat de Lydé, petite colombe, la plus joyeuse de toutes les courtisanes, qui plus que toute autre aima les orgies, les cheveux flottants, les danses molles et les tuniques d'hyacinthe.
Plus que toute autre elle aima les glottismes savoureux, les caresses sur la joue, les jeux que la lampe voit seule et l'amour qui brise les membres. Et maintenant, elle est une petite ombre.
Mais avant de la mettre au tombeau, on l'a merveilleusement coiffée et on l'a couchée dans les roses; la pierre même qui la recouvre est tout imprégnée d'essences et de parfums.
Terre sacrée, nourrice de tout, accueille doucement la pauvre morte, endors-la dans tes bras ô Mère! et fais pousser autour de la stèle, non les orties et les ronces, mais les faibles violettes blanches.
140 — LA PETITE MARCHANDE DE ROSES
Hier, m'a dit Naïs, j'étais sur la place, quand une petite fille en loques rouges a passé, portant des roses, devant un groupe de jeunes gens. Et voici ce que j'ai entendu:
« Achetez-moi quelque chose. — Explique-toi, petite, car nous ne savons ce que tu vends: toi? tes roses? ou tout à la fois? — Si vous m'achetez toutes mes fleurs, vous aurez la vendeuse pour rien.
— Et combien veux-tu de tes roses? — Il faut six oboles à ma mère ou bien je serai battue comme une chienne. — Suis-nous. Tu auras une drachme. — Alors je vais chercher ma petite sœur? »