L'abbé de Couézy n'aimait pas qu'on lui fît certaines questions, même du ton le plus honnête, sur son expérience du confessionnal. Mais il ne se passait guère de jour où quelqu'un ne les lui posât point.

On eût pu dire de lui qu'il était mondain, à la condition que cette épithète n'impliquât rien de désobligeant pour son caractère, car on le voyait presque aussi souvent à l'église que dans les salons, et, s'il s'en fallait de quelque chose, c'est qu'une messe est une cérémonie plus brève qu'une visite ou un dîner. L'abbé de Couézy était religieux.

Le trait dominant de sa physionomie grasse et fine était d'abord l'intelligence et, plus spécialement, la perspicacité. Lorsqu'il regardait un nouveau venu, ses petits yeux faisaient lentement le tour du personnage à découvrir; puis les paupières se refermaient avec un singulier battement, comme des lèvres qui murmurent: «Va, maintenant, je sais qui tu es.»

Il confessait tout Paris. Les dames le choisissaient en foule pour directeur de leurs consciences toujours justement alarmées. On le savait assez homme du monde pour ne pas envoyer à Rome une pénitente paisiblement relapse dans un adultère de tout repos; et cependant son indulgence était assez mesurée pour qu'en se jetant à ses pieds nul repentir même éphémère n'eût la certitude absolue d'être pardonné à l'avance. Quand les dames consentent à pécher, on serait mal venu de leur dire que leur faute n'existe point.

Eh bien! lorsque l'abbé de Couézy en visite quittait le canapé du salon pour le fauteuil de cuir du fumoir brumeux, lorsqu'il se glissait avec discrétion au milieu des causeries entre hommes, il arrivait que sa présence transformait aussitôt la forme des discours sans en altérer le fond, sinon par réticence. On le prenait volontiers pour informateur, encore qu'il se refusât avec indignation à jouer ce rôle. Les habiles, tentant d'obtenir ses confidences en les faisant dévier insensiblement du général au particulier, débutaient par cette phrase ou quelque autre semblable:

—Vous, monsieur l'abbé, vous qui connaissez notre époque mieux que personne, qu'est-ce que vous pensez des mœurs?

Et lui, en agitant les mains:

—Que me demandez-vous là! s'écriait-il. Mais je ne puis rien dire! je ne puis rien dire! Nous ne devons retenir de chaque confession que l'expérience nécessaire à bien entendre les autres et à acquérir par là un esprit juste, ou plutôt encore judicieux à l'égard des cas difficiles. Mais s'il nous est défendu de révéler une confession, même anonyme, à plus forte raison ne devons-nous pas exposer le sommaire de tous les aveux, en tirer la quintessence et l'offrir aux curiosités sous prétexte de philosophie.

Le jour où je l'entendis prononcer cette phrase, quelqu'un en releva le dernier mot: