— J’ai lu, continua Alick impitoyable, que les Français n’étaient pas fidèles…

— Vous mentez, s’écria la jeune fille, et si vous devez continuer ainsi, je m’en vais.

— Alick, dit Fred, vous avez tort de parler ainsi. Les Français ont toujours été les amis de l’Irlande. »

Mais déjà le jeune homme s’était ressaisi. Il s’approcha de la fillette.

« Anne, dit-il, pardonnez-moi. Je ne pense pas ce que j’ai dit et j’ai cédé à un mauvais sentiment. Il m’a semblé dur que cet étranger, que M. de Clavaillan, reprit-il vivement, vous emmenât un jour et nous prive ainsi de notre amie. »

Naïvement, sans s’en douter, le pauvre Alick venait de faire l’aveu du rêve très vague qui le hantait et auquel il n’avait jamais osé s’arrêter, trop jeune encore pour le comprendre.

Et Anne, aussi naïve, ne vit pas non plus, ne comprit pas cet aveu. Elle se contenta de sourire, et lui tendant la main :

« Vous êtes tout pardonné, Alick, mais il ne faudra jamais, jamais plus dire du mal des Français. »

Cependant, malgré la réconciliation, la journée s’acheva un peu morne, sans l’entrain habituel. Alick se répétait pour bien s’en convaincre :

« Anne est fiancée à M. de Clavaillan. »