Il y a un an, lorsque parut mon précédent ouvrage[ [1], auquel les lecteurs voulurent bien réserver un si favorable accueil, j'eus l'agréable surprise d'entendre certains critiques assurer que je venais de découvrir l'Espagne. Malgré tout ce qu'une pareille idée pouvait avoir de flatteur pour moi, je considère qu'il est de mon devoir de rectifier une erreur en déclarant que d'autres voyageurs avaient déjà visité et décrit ce pays.
Je vais aujourd'hui présenter quelques contrées curieuses de l'Austro-Hongrie. Pour qu'on ne puisse de nouveau me rendre des honneurs qui ne me seraient point dus, je tiens à dire très catégoriquement que mon modeste récit n'a d'autre prétention que de donner aux amateurs de voyages tous les renseignements que j'ai pu réunir sur des pays dignes d'exciter leur curiosité. J'ai cherché à grouper tous les détails intéressants, je me suis efforcé de les présenter le plus agréablement possible en évitant soigneusement la sécheresse et la profusion des guides et j'espère avoir pu réunir suffisamment d'indications utiles et de renseignements inédits pour que cet ouvrage se trouve à même de rendre quelques services ou de présenter un peu d'intérêt à ceux qui s'aventureront à le lire.
Si parfois je me laisse entraîner en dehors des limites que je me suis fixées par la beauté d'un monument, le charme d'un paysage ou l'originalité d'un costume, je prie le lecteur de ne croire à aucune prétention littéraire: les impressions fortes qui résultent des merveilles de la nature et de l'art légitiment tous les enthousiasmes.
Pierre MARGE.
VOYAGE EN AUTOMOBILE
DANS LA
HONGRIE PITTORESQUE
L'histoire de la Hongrie est peuplée de légendes.
Il y a longtemps, longtemps, dans le pays d'Orient, au cœur de l'Asie, régnait un puissant roi qui s'appelait Nemrod. C'était un chasseur émérite. Son habileté à réduire ours, loups, cerfs et sangliers était telle que sa renommée est venue jusqu'à nous et que ceux qui, de nos jours, poursuivent éperdument les lapins, les perdrix et les moineaux relèvent la valeur de leurs exploits en invoquant son patronage.
Nemrod avait deux fils qui s'appelaient: le premier Hunor, le second Magyar. Ils étaient, comme leur père, de passionnés chasseurs. Un jour, accompagnés chacun de cinquante guerriers, ils se livraient à leur plaisir favori; la poursuite ardente d'un merveilleux cerf les entraîna si loin, si loin, au delà des monts et des forêts, des rivières et des déserts, qu'ils s'étonnèrent de se trouver en un pays nouveau, bien différent des terres paternelles. Leurs yeux surpris voyaient pour la première fois des arbres inconnus, des plantes nouvelles, des habitants d'une race autre que la leur.
Au milieu d'une prairie émaillée de fleurs de toutes couleurs ils aperçurent un essaim de jeunes filles qui dansaient. Deux d'entre elles étaient plus belles que des anges: c'étaient les filles de Doul, prince des Alans.