— Et alors ?… je demandai.

— Oh bien, qu’il fit, quand on sait nager, il n’y a qu’à se tenir au milieu du courant, en tâchant d’éviter les cailloux. C’est les cailloux qui sont mauvais, ça vous ouvre le ventre comme un chirurgien. L’eau, ça n’est rien, quand on sait nager… Au fait, vous savez tous nager ?

… Et à ce moment, voilà M. Hénoc-Kohn, qui était déjà couché sur son lit démontable perfectionné, sa couverture de voyage sur les pieds, qui se met à dire, d’une voix toute changée :

— Mais non, mais non, je ne sais pas nager ! Comment, comment, il y avait du danger ? Je ne savais pas, moi !

Et il se met à claquer des dents comme un crocodile qui sent la fringale. Mais il n’avait pas faim. Ah ! non, il n’avait pas faim ! Il avait le cœur sur les lèvres, et il disait :

— Je ne savais pas, moi, je ne savais pas ! Je croyais que c’était comme à Paris : tout le temps on vous fait des coups comme ça, à Luna-Park, et c’est pour rire… Alors il y avait du danger, du danger ?

Il se recroquevillait sous sa couverture, et l’on voyait sa pauvre petite figure de bon garçon, bien aimable, toute blême, toute terrifiée sous la lumière de la lune et des étoiles.

Higgins se rapprocha de moi tout doucement — il avait déjà les pieds nus dans sa mauresque — et me dit :

— Le cochon ! Il est capable de nous faire l’accès froid par simple frousse, et s’il a déjà eu la fièvre, qu’est-ce qui va lui arriver après ? Il est capable de s’appliquer une bilieuse !

Puis il prononça, bien haut :