Psychologue, Pierre Mille l’est de la façon la meilleure : sans phrases et sans prétention. Il observe, mais surtout il réfléchit. Les mobiles de ses personnages, comme ses impulsions propres, il les éclaire par un travail d’analyse qui réussit à faire passer les gestes et les paroles du domaine des idées à celui de la réalité. Souvent, il élève ainsi le fait divers à la hauteur d’un symbole. Et chaque fois qu’il s’avère original, c’est avec tant de naturel qu’on ne s’en aperçoit pas tout d’abord. Le lecteur, qui aime ce qui fait jouer l’esprit, a longtemps considéré Pierre Mille comme un humoriste, comme un amuseur. Ses histoires ont, en effet, un côté extérieur qui est plaisant ; mais elles ont aussi un côté interne qui est sérieux et s’ouvre sur des profondeurs.

Quand on envisage l’ensemble de son œuvre, la pensée qui s’impose d’abord à l’esprit est que les colonies ont vraiment joué un rôle prépondérant dans l’orientation spirituelle et la formation littéraire de ce conteur. Certes, il n’a donné aux voyages que quelques années de son existence et il n’a consacré à l’exotisme qu’un tiers, peut-être, de ses ouvrages, mais c’est à la fréquentation de toutes les races répandues « sur la vaste terre » que l’on doit attribuer cette faculté éminente qui est la sienne de retrouver sous les gestes compliqués du civilisé, comme sous la pantomime effarée du sauvage, ou sous les réflexes de l’animal, le moteur commun, la grande puissance invisible, le mystérieux frisson qui anime et conduit tous les êtres.

C’est d’ailleurs le contraste entre cette vie réelle, profonde, éternelle, qui façonne tous les êtres à la même image, et les conventions de l’homme social, les prétentions de l’homme civilisé, qui est la source intarissable de l’humour chez Pierre Mille.

Cet humour, au surplus, sait se nuancer par instants de tendresse et d’émotion, et c’est alors que l’art du conteur devient si humain, si pénétrant, qu’on n’en saurait trouver de plus pathétique.

Les pages qui suivent montreront que le père de Barnavaux est à la fois un grand artiste, un magnifique écrivain, et un penseur.

Pierre Mille est né à Choisy-le-Roy (Seine), le 27 novembre 1864, de parents venus de Lille. Licencié en droit et diplômé des sciences politiques, il est envoyé en Angleterre, en 1893, comme correspondant du Temps. En 1895, il est nommé secrétaire-adjoint du gouverneur de Madagascar. Les années suivantes, il parcourt le Congo, la Grèce, la Turquie, la Syrie, l’Égypte, l’Indo-Chine, l’Inde, le Tonkin, le Sénégal.

Rentré à Paris en 1903, il épouse une statuaire de grand talent, Yvonne Serruys, et collabore régulièrement au Temps, au Journal et à un grand nombre d’autres journaux et périodiques.

Jusqu’en ces derniers temps, il siégeait au Conseil supérieur des Colonies comme représentant de l’Afrique occidentale française. Il est officier de la Légion d’honneur, et l’Académie Française lui a décerné le Prix Lasserre.

Florian-Parmentier.

BIBLIOGRAPHIE