— Allons donc ! fit Pirotte. Est-ce que vous croyez à cette histoire-là ?
— Vous ne voudriez pas ! répondit Hédiot. Pourtant, l’homme qui me l’a rapportée y croyait, lui : il avait vécu quinze ans au Gabon.
— Oui, dit Pirotte, ça donne la couche, comme ils disent…
....... .......... ...
C’était l’habitude de Pirotte et de Mme Hédiot, quand ils se quittaient, de ne pas sortir ensemble du petit rez-de-chaussée de la rue Bériaud. Pirotte partait le premier. Il embrassa son amie une dernière fois avant qu’elle remît sa voilette, et s’éloigna en fermant la porte derrière lui. Dans la rue, il s’aperçut qu’il pleuvait.
— Voilà bien ma veine, songea-t-il ; ce temps-là va me coûter une voiture !
La modestie relative de ses ressources lui imposait l’économie. Mais il se résigna et se mit à courir sur la chaussée, hélant les fiacres et les automobiles. Un autobus, d’une allure impétueuse, arriva sur lui comme un projectile.
— Imbécile ! cria le chauffeur.
Pirotte était conscient de la souplesse et de l’élasticité de ses muscles. Il coula sur cet homme injurieux un demi-sourire assuré et bondit sur sa droite. L’autobus devait passer à sa gauche ; il avait tout son sang-froid, il l’avait calculé dans un éclair, le mouvement qu’il fallait accomplir. Mais l’autobus dérapa sur la chaussée glissante, fit une embardée, arriva sur lui, formidable, terrible, inévitable.
— Nom de Dieu ! cria le chauffeur en bloquant ses freins.