Le numéro 27 de Waterloo Gardens était une petite maison qui ressemblait à toutes les petites maisons anglaises: étroite avec une baie très large à chacun de ses deux étages, et, au rez-de-chaussée, un perron surmonté d’un portique à colonnes doriques. Les marches du perron avaient été grattées poncées, lavées, blanchies. Elles resplendissaient; et l’ensemble évoquait vaguement l’idée d’une cage de perroquets au bas de laquelle on aurait oublié un marchepied fraîchement peint.
Deux sonnettes. A droite: visitors. A gauche: servants.
André tira la sonnette de droite. Ce geste eut pour résultat d’extraire des profondeurs du sous-sol une petite bonne dont les mâchoires étaient si proéminentes, et qui reniflait si fort, qu’il paraissait contraire à toutes les lois physiques que ses dents, attirées par cette pompe aspirante, n’eussent pas à la longue pris racine dans son nez.
—Vous voulez parler à la maîtresse? dit-elle, en jetant ce que le bon Dickens eût appelé un regard d’intelligence commerciale sur la malle d’André.
Et, se tournant à demi, elle cria:
—Miss Gray, c’est le gentleman qui a écrit pour une chambre. Est-ce que vous veux venir?
Il est indispensable de noter ici pour les philologues que l’emploi de la seconde personne du pluriel du pronom personnel avec la seconde personne du singulier d’un verbe, est universel chez toutes les femmes de chambre du Royaume-Uni. Tout porte à croire qu’il en a été ainsi décidé en séance solennelle de leur syndicat.
Miss Gray était brune, ineffablement longue, cruellement maigre, et louchait très fort d’un œil, non pas à droite ni à gauche, mais vers le ciel, ce qui donnait à l’un de ses profils un air inspiré: l’autre profil était d’une bonne personne.
—Vous êtes le gentleman français qui a annoncé son arrivée, missieu Dijoille? dit-elle.
André Dejoie eut besoin d’un effort d’intelligence assez violent pour reconnaître son propre nom, ingénieusement déformé par la prononciation anglaise. On lui montra sa chambre; il l’eût souhaitée plus vaste.